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20th of July 2018

France



"Shoah" de Lanzmann : les 10 heures qui ont changé la compréhension du génocide des juifs

Claude Lanzmann, décédé jeudi, reste associé à "Shoah", sorti en 1985. Ces 10 heures de témoignages ont permis au grand public de mieux comprendre la nature profonde du processus d’extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

“J’ai choisi des protagonistes capables de revivre cela, et pour le revivre, ils devaient payer le prix le plus haut, c’est-à-dire revivre cela en me racontant cette histoire”. C’est par ces mots que Claude Lanzmann, décédé jeudi 5 juillet, présentait son film "Shoah" au public français en 1985.

Malgré des critiques dithyrambiques, les spectateurs ne se sont pas bousculés. La faute au parti pris du réalisateur : le film dure plus de dix heures et n’est constitué que de témoignages, face caméra, des bourreaux et des survivants de l’entreprise nazie d’extermination des juifs. Ce n’est que peu à peu que "Shoah", récompensé par un César d’honneur en 1986, s’impose comme une œuvre majeure, qui va changer la compréhension de cette page sombre de l’Histoire du XXe siècle.

Un avant et un après "Shoah"

Il y a eu un avant et un après Shoah. “1985, c’est encore la préhistoire de la compréhension de la Shoah. Il y avait tout au plus une dizaine d’historiens qui travaillaient sur le sujet”, rappelle Tal Bruttmann, spécialiste français de l’histoire de la Shoah, contacté par France 24. Avant la sortie du film, les spécialistes débattaient encore de la manière de nommer cette tragédie. “La plupart des termes posaient problème, comme holocauste, qui a une connotation religieuse, ou extermination qui a une dimension prophylactique. C’est Claude Lanzmann qui va populariser le mot Shoah, qui signifie catastrophe en hébreu”, explique cet expert.

Le film joue un rôle pédagogique car “Claude Lanzmann y démontre, sans aucune erreur historique, une parfaite compréhension de ce qu’est la Shoah alors qu’il y avait à l’époque, tout comme encore aujourd’hui d’ailleurs, beaucoup de confusion à ce sujet”, note Tal Bruttman. Pour lui, le réalisateur réussit à éviter l’écueil classique de “confondre le processus concentrationnaire et la destruction des juifs”. En effet, le film ne fait pas parler des survivants des camps d’extermination, mais privilégie le témoignage des bourreaux, des survivants des “sonderkommando” (unités de prisonniers juifs forcés de participer à la solution finale), ou encore des témoins polonais. “Il donne la parole à ceux qui ont participé directement à la Shoah, car la très grande majorité des juifs morts ont été envoyés dans les chambre à gaz avant même d’entrer dans les camps”, souligne Tal Bruttmann.

Regard direct dans l’abîme

“Souvent lorsqu’un film traite de la Shoah, il ne parle pas, en réalité, du sujet en lui-même, mais plutôt des survivants, comme dans le cas de la "Liste de Schindler" ou du "Pianiste". Claude Lanzmann n’a pas pris de gants, lui, et évoque directement le trou noir qu’a été la destruction des juifs”, souligne l’historien.

Ce regard direct dans l'abîme, à travers des témoignages face caméra, va aussi se révéler être une source de premier ordre pour la recherche. “Ce film est principalement destiné au grand public, mais un chercheur peut encore aujourd’hui écrire une histoire ultra pointue de la Shoah en se basant uniquement sur les témoignages des protagonistes du film”, assure Tal Bruttmann.

Première publication : 05/07/2018

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