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19th of July 2018

France



Un rapport parlementaire appelle à renforcer la sécurité des centrales nucléaires françaises

Le rapport de la commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité nucléaire en France, remis au Parlement jeudi, pointe du doigt les risques posés par les 19 centrales réparties sur le territoire et avance 33 propositions.

Mauvaise passe sécuritaire pour EDF. Deux jours après qu'un drone de Greenpeace a percuté un bâtiment de la centrale nucléaire du Bugey (Ain), le très attendu rapport de la commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité nucléaire en France est venu enfoncer le clou, jeudi 5 juillet, sur les risques posés par les 19 centrales réparties sur tout le territoire.

"Le parc français comporte plus de fragilité que je ne le pensais", a reconnu la rapporteure Barbara Pompili (LREM), interrogée par Le Monde, qui a pu consulter le document de 192 pages. Après cinq mois d'enquête et de nombreuses visites sur le terrain, les membres de la commission ont constaté que malgré des efforts et des "leçons tirées de la catastrophe de Fukushima [accident nucléaire au Japon en mars 2011, NDLR]", le parc français souffrait toujours de sa "faille originelle" : ne pas avoir été conçu avec le risque terroriste en tête.

Recours "massif" aux sous-traitants

Les auditions menées n'ont ainsi pas permis d'apporter des réponses "définitives" à plusieurs questions, comme la résistance des piscines de combustibles usées. Les parlementaires n'ont pas non plus pu avoir accès au détail des tests menés par l'armée pour évaluer la solidité des murs des centrales en cas d'attaques terroristes. Les conclusions des militaires sur ce point ont cependant été jugées "satisfaisantes" par la commission d'enquête.

Autre problème : le transport des matières radioactives. Les convois empruntent trop souvent les mêmes itinéraires, aux yeux des parlementaires, ce qui les expose à d'éventuelles attaques terroristes.

Le rapport ne s'intéresse pas seulement aux questions de sécurité. Il dénonce aussi le recours "massif" d'EDF à des sous-traitants. Il existe, parfois, jusqu'à sept niveaux de sous-traitance sur un même site nucléaire.

"En faisant appel pour ses travaux de maintenance à des entreprises tierces, EDF a progressivement perdu une partie de son savoir-faire", regrette Barbara Pompili, interrogée par Le Parisien. Certains sous-traitants auditionnés ont témoigné de "situations ubuesques" où ces derniers devaient former le personnel d'EDF qui "un mois plus tard est chargé à son tour de surveiller ses anciens instructeurs", rapportent les auteurs du rapport.

Plus de trente propositions

Les conséquences sécuritaires du vieillissement des installations n'ont pas non plus échappé à la commission d'enquête, alors que le débat politique fait rage en France autour de la fermeture de certains sites. Le rapport relève ainsi des "signes avancés de corrosion" sur de nombreuses pièces qui "interrogent sur la pertinence de la prolongation de la durée de vie de certaines centrales".

Pour faire face à ces "failles" constatées, la commission avance 33 propositions. Elle préconise, notamment, la présence "au minimum de quatre gendarmes sur un site à tout instant par réacteur" pour améliorer la sûreté des centrales. Le floutage des emplacements des centrales françaises sur les sites de cartographie comme Google Maps devrait également être rendu obligatoire et automatique, ce qui n'est actuellement pas le cas.

Les pouvoirs de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) devraient également être renforcés. Elle devrait avoir son mot à dire sur les scénarios des centrales nucléaires pour faire face au danger terroriste, assurent les parlementaires de la commission d'enquête.

EDF est aussi appelé à reprendre davantage la main sur la maintenance de ses sites afin de limiter le recours à la maintenance. Enfin, la commission essaie de bousculer le gouvernement en réclamant un "calendrier de fermeture des réacteurs". Une recommandation qui intervient alors que l'exécutif doit se prononcer, courant juillet, sur les réacteurs à fermer d'ici 2035 pour atteindre les 55 % de nucléaire dans le mix énergétique français. À l'heure actuelle, le nucléaire assure plus de 70 % de la fourniture d'électricité en France.

Première publication : 05/07/2018

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