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18th of January 2018

International



En Allemagne, grosse coalition et gros soulagement pour Merkel

Angela Merkel avec le chef des conservateurs bavarois, Horst Seehofer, et Martin Schulz (de dos), vendredi à Berlin.  Angela Merkel avec le chef des conservateurs bavarois, Horst Seehofer, et Martin Schulz (de dos), vendredi à Berlin.  Photo M. Schreiber. AP Après de longues discussions, la CDU de la chancelière et le SPD de Martin Schulz sont parvenus à un accord provisoire de gouvernement.

Une semaine de discussions exploratoires, un marathon final de vingt-quatre heures de négociations, des journalistes faisant le pied de grue devant la Willy-Brandt-Haus, siège du SPD à Berlin, un suspense insoutenable, des craintes de toutes parts qu’un compromis soit impossible et que l’Allemagne s’enfonce de nouveau dans le blizzard politique tandis que l’Europe piaffe… Et finalement, un document de 28 pages, des terrains d’entente trouvés, des pistes sérieuses. Près de quatre mois après les législatives du 24 septembre, des négociations pour une coalition gouvernementale entre la CDU-CSU d’Angela Merkel et le SPD de Martin Schulz pourraient enfin être lancées. Une grande coalition, donc ? Comme avant. Visiblement en Allemagne, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

Glyphosate. Dans ces discussions, aussi longues qu’intenses, l’un des sujets les plus épineux concernait la politique migratoire de l’Allemagne. Surtout depuis l’arrivée massive de réfugiés en 2015 et la montée de l’extrême droite, qui n’a eu de cesse d’attaquer la politique de Merkel en la matière. De ce point de vue, le camp des conservateurs a plutôt eu gain de cause. L’accord provisoire prévoit de limiter le nombre de demandeurs d’asile arrivant chaque année à environ 200 000. «Les chiffres de l’immigration ne dépasseront pas 180 000 à 220 000 annuellement», dit le document. Cela inclut les personnes accueillies dans le cadre du regroupement familial - un maximum de 1 000 personnes pourront prétendre à ce dispositif chaque mois. C’est moins que ce qu’attendait le SPD.

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Autre sujet crucial : la réforme de l’assurance-maladie. Le SPD souhaitait la mise en place d’une «assurance-maladie citoyenne», sorte de Sécurité sociale à laquelle tout le monde devrait cotiser. Au final, l’accord prévoit seulement que les employeurs participent davantage au financement des assurances des caisses publiques. Sur le plan fiscal, le document ne fait pas mention de hausses d’impôts pour les plus aisés - cette demande du SPD n’a pas été retenue. Autre sujet qui a fait du bruit dans la presse cet automne, l’utilisation du glyphosate. L’Allemagne avait voté en novembre en faveur de sa réautorisation, pour cinq ans, au sein de l’UE, ce qui avait déclenché un conflit politique entre le ministre conservateur de l’Agriculture (qui avait voté pour) et la ministre social-démocrate de l’Environnement (qui n’était pas au courant des intentions de son collègue). Le texte s’engage à en réduire drastiquement l’utilisation ; voilà sans doute une victoire du SPD, surtout face aux conservateurs, qui sont, eux, majoritairement très pro-glyphosate.

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Les deux familles politiques ont surtout mis l’accent sur l’Europe. C’était déjà l’un des piliers du discours de Martin Schulz lors du congrès du parti, en décembre. Devant la presse, Angela Merkel a, elle aussi, promis de contribuer à «un nouveau départ de l’Europe». Le texte dit notamment : «En partenariat étroit avec la France, nous voulons renforcer et réformer la zone euro à long terme, afin que l’euro résiste mieux aux crises mondiales. Nous voulons promouvoir le contrôle budgétaire, la coordination économique au sein de l’UE et de la zone euro, ainsi que la lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale agressive.» Ajoutant : «Nous sommes également en faveur de ressources budgétaires spécifiques pour la stabilisation économique et la convergence sociale, ainsi que pour soutenir les réformes structurelles dans la zone euro, qui pourraient constituer le point de départ d’un futur budget d’investissement pour la zone euro. Nous sommes également prêts à augmenter les contributions de l’Allemagne au budget de l’UE.» Mais des points restent à éclaircir. Par exemple, le document ne se prononce pas sur la proposition d’Emmanuel Macron de créer un poste de ministre des Finances de l’Union monétaire. Le président français s’est déclaré «heureux et satisfait» de ce compromis.

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Taille. Pour autant, l’Allemagne ne va pas se doter tout de suite d’un gouvernement. Le chemin vers une «Groko» est jalonné de validations diverses. La première est de taille : il s’agit d’un congrès extraordinaire du SPD, le 21 janvier, où des délégués du parti approuveront ou non ce compromis. On peut s’attendre à des discussions agitées. Les jeunes, notamment, restent très opposés à la Groko. «Pour la base, l’idée d’une nouvelle coalition reste catastrophique», a déclaré vendredi le chef des jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert.

Une fois qu’un contrat de coalition sera rédigé, il faudra également obtenir l’aval des militants du SPD. Dans le meilleur des cas, un nouvel exécutif ne sera en place que fin mars. C’est long, mais cet accord provisoire est sans doute un immense soulagement, du moins pour Merkel : en cas d’échec de ces négociations, de nouvelles élections auraient sans doute dû se tenir à l’automne 2018. Une perspective périlleuse pour la chancelière.

Johanna Luyssen Correspondante à Berlin Read More




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