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16th of October 2018

International



Atiku Abubakar, un politicien-businessman pour défier le président Buhari

Atiku Abubakar lors de la convention du PDP qui l'a désigné comme candidat à la présidentielle. Atiku Abubakar lors de la convention du PDP qui l'a désigné comme candidat à la présidentielle. Photo Pius Utomi Ekpei. AFP L'homme d'affaires, ancien vice-président du Nigeria, a remporté les primaires de son parti, le PDP, pour l'élection présidentielle de 2019.

Cela fait un quart de siècle qu’il tente d’accéder à la plus haute marche de l’Etat nigérian. Atiku Abubakar, 71 ans, a remporté dimanche la primaire du Parti démocratique du peuple (PDP), principale formation d’opposition. Il sera donc l’adversaire numéro 1 du chef de l’Etat sortant, Muhammadu Buhari, lors de l’élection présidentielle de février 2019. C’est la quatrième fois que ce vieux routier de la politique nigériane se présente à la fonction suprême dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Atiku Abubakar a d’abord fait carrière pendant vingt ans dans l’administration des douanes, notamment au port de Lagos, avant de se transformer en homme d’affaires – il a fait fortune dans l’import-export, l’immobilier, le pétrole, l’agriculture et les télécoms – puis d’endosser le costume de politicien. Entre 1999 et 2007, il a occupé le poste de vice-président pendant le double mandat d’Olusegun Obasanjo et a dirigé le Conseil national de la privatisation. Son ascension a été marquée par des accusations récurrentes de corruption et de conflits d’intérêts. Il fut au contraire l’un des initiateurs de la Commission contre les délits économiques et financiers, rétorquent ses partisans. «Il n’a jamais été condamné devant la justice, ce qui est un vrai argument de probité au Nigeria, relève Laurent Fourchard, directeur de recherche au Centre de recherches internationales de Sciences-Po (1). Mais Buhari a aussi cette réputation d’homme à poigne, inflexible, qui l’avait beaucoup servi en 2015. Même si, comme ses prédécesseurs, il a surtout utilisé la lutte anticorruption pour écarter ses ennemis.»

Rompus aux coups tordus

Comme Muhammadu Buhari, Atiku Abubakar est originaire du Nord (selon une règle non écrite, la présidence doit alterner tous les deux mandats entre un candidat du Nord et un candidat du Sud). Les deux hommes sont peuls, musulmans, septuagénaires et rompus aux coups tordus de la politique nigériane. Idéologiquement, peu de choses les distinguent. «L’APC [le parti de Buhari] a un balai comme emblème, le PDP un parapluie, c’est la seule différence qu’on leur connaît», commentait l’éditorialiste nigérian Reuben Abati ce mardi. Atiku Abubakar a d’ailleurs navigué entre les deux formations. Il n’a rejoint le PDP qu’à la fin de l’année dernière. «Buhari est un peu effacé, il a des problèmes de santé ; Abubakar apparaît plus moderne, il parle mieux et est ancré dans le monde des affaires… La personnalité des candidats compte, mais à la fin, ce sont les réseaux de patronage des grandes machines politiques qui font l’élection, rappelle Laurent Fourchard. Il faut une emprise dans chaque Etat, des parrains politiques, et énormément d’argent : une campagne électorale au Nigeria coûte une fortune. Seuls le PDP et l’APC ont cette capacité.»

La convention de nomination du PDP s’est tenue ce week-end à Port-Harcourt, la place forte de l’industrie pétrolière. Après avoir dominé la vie politique nigériane pendant seize ans, le parti avait été évincé par l’APC (lui-même une fusion de deux grands partis régionaux) lors des élections de 2015, consacrant la première alternance depuis le retour de la démocratie au Nigeria, en 1999. A travers la candidature du richissime Abubakar, le parti espère reconquérir la présidence. Le chef de l’Etat sortant a immédiatement engagé les hostilités : «Nous notons avec intérêt tous les rapports dans les médias faisant état d’achats massifs de voix aux primaires du PDP, a fait savoir Muhammadu Buhari dans un communiqué publié quelques heures après la nomination de son rival. On peut se demander ce que ferait un tel candidat avec des fonds publics.»

Angle d’attaque

Corruption, insécurité et croissance seront une nouvelle fois au cœur de la campagne électorale. Sous le commandement de Buhari, un ancien militaire, l’armée nigériane a reconquis la majeure partie du nord-ouest du pays, sans parvenir toutefois à détruire complètement Boko Haram. La menace jihadiste «ne sera probablement plus au premier plan des préoccupations, comme en 2015», poursuit le chercheur. En revanche, la chute du cours du naira a plombé les finances du pays et bloqué toute politique de relance. Ce sera certainement l’angle d’attaque privilégié du multimillionnaire Abubakar. «Il met l’accent sur l’économie, sur le thème de "Get Nigeria Working Again" - référence à la pauvreté et au chômage mais aussi aux problèmes de gestion que l’on a observés avec Buhari», décrypte Alexander Thurston, de Georgetown University. Le Nigeria est actuellement le pays le plus riche d’Afrique (581 milliards de dollars). C’est aussi, selon un rapport d’Oxfam publié mardi, celui où l’Etat fait le moins d’effort pour réduire les inégalités.

(1) Auteur de Trier, exclure et policer, Vies urbaines en Afrique du Sud et au Nigeria, Presses de Sciences Po, 2018.

Célian Macé Read More




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