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15th of October 2018

International



Et si le Brexit enterrait l'humour british ?

On ne vous le cache pas. L’inquiétude nous gagne. Et oui, on blâme le Brexit. Au-delà des conséquences vertigineuses de cette décision historique, dont l’ampleur n’est pas encore connue, on a identifié un fait indiscutable. L’humour britannique est en berne. Et plus particulièrement son légendaire, incomparable sens du recul et de l’autodérision.

Je vous vois venir avec les récents déhanchements, louables mais pas forcément convaincants, de Theresa May sur la scène du congrès annuel des conservateurs et sur la musique de Dancing Queen d’Abba. Si ça, ce n’est pas de l’autodérision, alors quoi ?

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Mais le problème est là, si les Britanniques s’autorisent encore quelques pitreries personnelles, ils n’aiment plus, mais alors plus du tout que l’on rit à leurs dépens. Il suffit pour cela de noter la rage qui s’est emparée des Brexiters et de la presse qui les soutient lorsque Donald Tusk, président du Conseil européen, a osé publier sur Instagram une photo moquant une phrase de Boris Johnson. Ce dernier, dans un des emportements dont il est coutumier, s’était vanté que le Royaume-Uni post-Brexit pourrait facilement obtenir le beurre et l’argent du beurre, voire plus si affinités (un condensé des expressions anglaises "to have your cake and eat it" et "cherry picking").

Plus récemment, nos amis britanniques, enfin certains, ont pris ombrage des deux pas de danse ébauchés par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors d’une conférence de presse. «Jean-Claude Juncker risque d’aggraver les tensions du Brexit en se moquant de Theresa May», s’est enflammé le Daily Mail. «Mais pas du tout !» s’est récrié le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas. Il s’agissait d’une «pure improvisation» qui ne visait personne, a-t-il dit. On ne se prononcera pas. Si ce n’est pour dire qu’à notre avis, Jean-Claude Juncker groove mieux que Theresa May.

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Que les Britanniques se moquent eux-mêmes de leur Première ministre, passe encore. Mais que ces vilains Européens osent une remarque, un déhanchement, voire un léger ricanement et voilà que la presse eurosceptique se veut outrée, crie au crime de lèse-majesté. Récemment, le Daily Mail, encore lui, a publié une tribune d’une violence rare contre Emmanuel Macron. Avec une touchante délicatesse, Dominic Sandbrook y soulignait que «beaucoup de nos voisins gaulois ne nous ont jamais vraiment pardonné Azincourt et Waterloo, sans parler de notre effronterie à nous opposer à Hitler en 1940 quand eux se sont soumis de manière ignominieuse et ont collaboré».

La France et son président ont été identifiés outre-Manche comme les plus fermes, voire les plus rigides, dans les négociations sur la sortie de l’UE. Le Times rapportait la semaine dernière que Downing Street avait déjà prévu en cas d’absence d’accord sur le Brexit de blâmer les «Froggies». Le «french bashing», ou comment blâmer les Français pour tout et n’importe quoi, est une tradition de longue date au Royaume-Uni. Qui reste donc d’actualité même en ce qui concerne le Brexit. Autant blâmer les Froggies plutôt que les Rosbeefs non ?

Un dernier mot. Il nous paraît clair que le succès des négociations repose sur les hanches du président Macron. Qu’il reste imperturbable lors de sa prochaine rencontre avec Theresa May, lors du sommet européen du 18 octobre, et un accord pourrait être trouvé. Qu’il ébauche ne serait-ce qu’un début de déhanchement en rythme et l’entente cordiale trouvera là son épitaphe. Ci-gît l’humour british.

Sonia Delesalle-Stolper correspondante à Londres Read More




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