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17th of November 2018

International



Midterms : que peuvent faire les démocrates de leur victoire à la Chambre ?

Nancy Pelosi, qui préside le groupe démocrate de la Chambre des représentants, et le président du comité des campagnes législatives de la Chambre, Ben Ray Lujan, mardi soir à Washington. Nancy Pelosi, qui préside le groupe démocrate de la Chambre des représentants, et le président du comité des campagnes législatives de la Chambre, Ben Ray Lujan, mardi soir à Washington. Photo Brendan Smialowski. AFP Après avoir obtenu une (courte) majorité à la Chambre des représentants mardi, le parti va enfin pouvoir peser face à Trump. Reste à trouver la bonne stratégie, à deux ans de la présidentielle.

Cette fois, les sondages avaient vu juste. Les démocrates, qui redoutaient par-dessus tout une seconde claque électorale surprise après celle de 2016, ont atteint leur principal objectif : reconquérir la Chambre des représentants. A compter du 3 janvier, date de rentrée du 116e Congrès des Etats-Unis, ils y disposeront d’une courte majorité. La bataille des midterms désormais gagnée, de multiples questions émergent. Comment mettre à profit cette victoire ? Que faire de ce contre-pouvoir à la Maison Blanche et au Sénat, restés républicain ? Quelle stratégie adopter pour limiter la capacité de nuisance de Donald Trump sans pour autant lui offrir sur un plateau les armes pour sa réélection en 2020 ? Autant de questions que les élus et dirigeants du parti vont devoir vite trancher.

1/Choisir un leader

La première échéance à venir concerne la présidence de la Chambre. Nancy Pelosi, 78 ans, la seule à avoir déjà occupé (de 2007 à 2011) le poste de «Speaker of the House», troisième personnage de l’Etat, entend bien rempiler. Même si son âge et sa longévité (trente et un ans à la Chambre dont dix-sept au sein de la direction du parti) en font une figure peu conforme aux aspirations des électeurs, avides de renouveau. Au cours de la campagne, quelques dizaines de candidats démocrates ont pris leurs distances avec Pelosi, l’appelant à «passer le flambeau»«nouvelle génération». «Détrôner Pelosi serait l’une des meilleures choses qui puisse arriver aux démocrates, abonde David Andersen, professeur de science politique à l’université de l’Iowa. La vieille garde du parti devrait céder la place.» Consciente que sa réélection à la tête du caucus démocrate n’est pas gagnée, l’élue de Californie a assuré mardi soir que les démocrates tâcheront «de trouver des solutions qui nous rassemblent, car nous en avons tous assez des divisions. Les Américains veulent la paix. Ils veulent des résultats». Elle entend faire profiter de son expérience et de ses talents de législateur. Véritable machine à faire campagne, elle a récolté cette année plus de 121 millions de dollars (105,3 millions d’euros) pour son parti.

2/Définir une stratégie

Traversée par les divisions qui minent le parti depuis 2016, entre progressistes et centristes, la majorité démocrate va devoir élaborer une stratégie. Déterminer un cap. Et (se) fixer des limites sur ce qu’il est judicieux de faire sur le plan législatif ou en matière de supervision, les deux pouvoirs essentiels dévolus à la Chambre. Côté législatif, les démocrates peuvent se réjouir d’avoir marqué un coup d’arrêt pour l’agenda républicain. Nouvelle réforme fiscale, abrogation de la réforme de la santé d’Obama, coupes drastiques dans les programmes sociaux… Tous ces projets de loi, envisagés par le parti conservateur et Trump, n’ont désormais plus aucune chance d’être adoptés. Avec un Congrès divisé, beaucoup d’experts, dont le politologue Charlie Cook, prédisent deux ans de «paralysie législative». Dans cette partie à trois avec le Sénat et la Maison Blanche, les démocrates ont plusieurs options qui s’offrent à eux : voter des lois symboliques (mais vouées à l’échec) pour galvaniser leur électorat en vue de la présidentielle de 2020, chercher des compromis avec Trump sur certains sujets (rénovation des infrastructures) ou bien tout faire pour empêcher le Président d’avoir le moindre bilan à mettre en avant pour sa réélection.

3/Galvaniser la base

La priorité annoncée des démocrates s’inscrit plutôt dans la première catégorie. A l’ouverture du prochain Congrès, leur premier projet de loi pourrait être une vaste réforme politique touchant au financement des campagnes, au redécoupage électoral, au processus d’enregistrement et de vote des électeurs et à la lutte contre la corruption. Basé sur un texte déposé fin juin par un élu du Maryland et soutenu par 165 représentants démocrates, ce projet de loi vise à «restaurer la confiance et l’intégrité des institutions démocratiques» américaines. Rejeté par la majorité des républicains, qui auraient le plus à perdre en cas de réforme du financement ou du redécoupage, ce texte n’a aucune chance de passer l’obstacle du Sénat. Le faire voter par la Chambre des représentants permettrait toutefois d’envoyer un message. «Je pense que les démocrates vont s’inspirer des méthodes appliquées par leurs adversaires sous la présidence Obama, explique David Andersen, de l’université de l’Iowa. Quand les républicains ont repris le contrôle de la Chambre en 2010, ils ont refusé de coopérer avec le Sénat et le Président sur quoi que ce soit. En revanche, ils ont voté énormément de lois pour galvaniser leur base.» Le politologue rappelle qu’à plus de 70 reprises, la Chambre républicaine a voté pour abroger ou freiner Obamacare. Les démocrates pourraient choisir de se focaliser sur des mesures rejetées par les républicains mais qui bénéficient d’un large soutien populaire. En votant pour un contrôle accru des armes, la protection des «Dreamers» (migrants arrivés enfants aux Etats-Unis) ou des mesures pour lutter contre le changement climatique, «la Chambre démocrate accentuerait la pression sur le Sénat, en le mettant au défi de ne pas agir», explique à Libération John Lawrence, ex-chef de cabinet de Nancy Pelosi.

4/Initier des enquêtes

La victoire des démocrates à la Chambre leur offre de puissantes prérogatives en matière d’enquête et de supervision. Conformément au système américain, ils vont en effet récupérer en janvier la présidence de toutes les commissions de la Chambre. Lesquelles s’accompagnent du pouvoir de lancer des enquêtes, de convoquer des témoins et de saisir des documents. Les démocrates devraient en profiter pour relancer l’enquête parlementaire à la Chambre sur une possible collusion lors de la présidentielle de 2016 entre la Russie et la campagne Trump. Ils pourraient aussi examiner les conflits d’intérêts autour de l’empire immobilier du Président ou de certains membres de son cabinet, lancer une enquête sur les accusations d’abus sexuels à son encontre.

Le mois dernier, dans un entretien avec le San Francisco Chronicle, Nancy Pelosi assurait que les démocrates chercheraient à obtenir les déclarations d’impôts de Trump. «C’est l’une des premières choses que nous ferons. Nous devons connaître la vérité», a-t-elle annoncé, alors qu’une enquête du New York Times a révélé les pratiques d’évasion fiscale du milliardaire. Certains experts et politiques invitent toutefois les démocrates à la prudence, les exhortant à éviter le recours abusif aux pouvoirs d’enquête. Ex-représentant démocrate de Californie et ex-président de commissions parlementaires, menant des enquêtes sur le tabac, le dopage ou la guerre en Irak, Henry Waxman avertissait il y a quelques jours dans le Washington Post : «Les démocrates vont devoir être sélectifs […] et modérés dans leur approche afin de donner l’impression qu’ils utilisent ces pouvoirs colossaux de manière légitime, et non pas partisane.»

5/Lancer des destitutions

Avec la Chambre, les démocrates disposeront du pouvoir de lancer une procédure de destitution à l’encontre d’un membre du cabinet, d’un juge à la Cour suprême et, bien sûr, de Donald Trump. Après deux ans d’une présidence brutale, et pour beaucoup dangereuse et amorale, une partie de la gauche américaine rêve de faire chuter avec fracas le milliardaire. Sauf que cela n’a quasiment aucune chance d’aboutir et que le retour de flammes pourrait se révéler dévastateur pour les démocrates. Si la Chambre des représentants inculpe Trump, il reviendra ensuite au Sénat de le destituer à la majorité des deux tiers : 67 voix impossibles à rassembler sans le ralliement - hautement improbable - d’une quinzaine de sénateurs républicains. «Si procédure de destitution il y a, elle ne pourra reposer que sur les conclusions du procureur spécial Robert Mueller [en charge de l’enquête russe, ndlr]», estime John Lawrence, l’ex-chef de cabinet de Pelosi. «En l’absence d’une grave violation de la loi», poursuit-il, les démocrates risquent de payer très cher le fait de s’engager dans ce bras de fer qui ferait de Trump un martyr aux yeux de ses partisans.

Fort de près de quatre décennies dans les coulisses du Congrès, John Lawrence n’imagine pas son ancienne patronne commettre cette erreur. «Quand elle est devenue speaker en 2007, il y a eu une forte pression sur elle pour lancer une procédure de destitution de George W. Bush en raison de la guerre en Irak et de la manipulation des renseignements pour justifier cette intervention, raconte-t-il. Elle a résisté vigoureusement pour deux raisons. D’abord parce qu’il aurait été impossible d’obtenir les voix nécessaires au Sénat. Ensuite parce que l’épisode Bill Clinton nous avait montré que l’opinion publique était très hostile à cela. Ce n’est pas ce que les Américains attendent du Congrès.»

Frédéric Autran Read More




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