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21st of November 2018

Cinéma



Ma journée avec Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018

L'Express a suivi Nicolas Mathieu, lauréat cette année, de son arrivée chez Drouant mercredi jusqu'au bout de la nuit...

Allez ouste, du balai les journalistes ! Bernard Pivot ne s'exprime pas ainsi, évidemment. Mais il est déjà 13h30 ce mercredi 7 novembre chez Drouant, et le président de l'académie Goncourt insiste pour qu'on laisse enfin le jury déjeuner en paix avec Nicolas Mathieu. L'heureux lauréat, lui, récompensé pour son formidable roman Leurs enfants après eux, continue de se prêter tout sourire aux questions, de poser pour les photographes. 

Ecoutez Marianne Payot raconter sa journée chez les Goncourt, avant et après le triomphe de Nicolas Mathieu (sur SoundCloud). 

"J'ai commencé par être incrédule quand mon attachée de presse m'a appris la nouvelle", confie le Lorrain de 40 ans, l'air très juvénile, à qui l'on trouve un petit quelque chose de Romain Duris et les intonations de Charles Berling. "En prenant mon train ce matin à 8h16 de Nancy, je ne savais vraiment pas ce qu'allait être ma journée. Ce prix est une immense surprise. Je me disais que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit, donc que le Goncourt ne pouvait pas revenir à un roman d'Actes Sud cette année encore". 

LIRE NOTRE CRITIQUE DU GONCOURT >> Nos coups de coeur de la rentrée littéraire 

A défaut de Françoise Nyssen, c'est le directeur éditorial de la maison d'Arles, Bertrand Py, qui rejoint la tablée. Il vient tout juste de commander à l'imprimeur les fameux bandeaux rouges et 100 000 exemplaires supplémentaires de Leurs enfants après eux, déjà tiré à 40 000 dont la moitié vendus depuis fin août. La faim tenaille les jurés, il est temps que les portes du salon Goncourt se referment sur le petit comité. 

"Un roman politique, sur ces gens qui sont "rien" dans les gares..."

Une bonne heure plus tard, Nicolas Mathieu réapparaît pour la conférence de presse, au rez-de-chaussée du restaurant. Puis remonte au salon afin de terminer son repas - impossible de faire l'impasse sur le Brie aux truffes et la poire Belle Hélène. Mais ça dure... L'occasion de prendre l'air avec son éditeur Manuel Tricoteaux, qui avait tôt fait de repérer et de publier chez Actes Noirs son premier roman, Aux animaux la guerre, paru en 2014. Heureux hasard, l'adaptation de ce polar en série télé par Alain Tasma, dont l'auteur a coécrit le scénario, sera enfin diffusée sur France 3 à partir du 15 novembre. Six épisodes de 52 minutes tournés depuis longtemps mais récemment programmés. 

"Je suis ravi que le Goncourt revienne à Leurs enfants après eux, un roman politique, se réjouit l'éditeur. Il ne parle pas seulement de la France périphérique mais aussi de ces gens qui sont "rien" dans les gares...". Allusion claire aux propos controversés d'Emmanuel Macron. Tombe alors le tweet du nouveau ministre de la Culture, Franck Riester, félicitant le lauréat du Goncourt pour "un goût d'universel" dans son livre, pour ses personnages chez qui il y aurait "un peu de chacun de nous". Manuel Tricoteaux voit rouge : "Quelle récupération ! Je trouve ces propos d'une indécence folle". 

Les agapes s'éternisent. L'attachée de presse s'impatiente à peine, ironisant : "Ils sont passés au digeo [digestif], ou quoi ?". C'est qu'elle a de la bouteille, Emanuèle Gaulier, après avoir "cornaqué" deux précédents lauréats Actes Sud, Eric Vuillard l'année dernière pour L'Ordre du jour et Mathias Enard pour Boussole en 2015. Nicolas Mathieu sort enfin du restaurant, toujours aussi extatique, avec ce sourire craquant qui le rend éminemment sympathique. "Il faut que j'appelle ma mère !", réalise-t-il soudain. 

"Alors ça y est, tu vas vivre pendant un an comme une Miss France ?", l'interroge cette dernière. Plus tard, son père lui avouera : "Je suis fier. J'en ai quand même le droit". Aucun étonnement de la part d'Oscar, 5 ans et demi, à qui est dédié Leurs enfants après eux : "J'en étais sûr", déclare le fiston au téléphone. Il est 16h passées lorsqu'on s'engouffre dans le taxi qui va ramener l'écrivain à son hôtel, non loin des bureaux d'Actes Sud, dans le quartier latin. Pas de véritable marathon médiatique au programme en ce jour de gloire, juste le 20h de France 2 et La Grande Librairie sur France 5. 

Nicolas Mathieu n'ira pas non plus à la foire du Livre de Brive ce week-end, comme c'est souvent l'usage pour les lauréats du Goncourt. "Je serai à la Maison de la Poésie à Paris samedi, pour une lecture musicale de mon roman avec Florent Marchet. Un engagement pris de longue date que je tiens à honorer". Comme quoi, le jeune quadra n'est pas près de renoncer à ses valeurs...  

Fils unique d'un électromécanicien et d'une comptable, ce natif d'Épinal a suivi des études d'histoire, d'histoire de l'art et de cinéma, à Nancy et à Metz. Puis vécu quinze ans dans la capitale, enquillant les petits boulots - cours pour Acadomia, consulting, gestion du site Internet de la mairie de Paris, etc. "Je suis retourné à Nancy où la vie est beaucoup moins chère et parce que j'y suis plus tranquille pour écrire. Jusqu'à présent, je travaillais chez ATMO Grand-Est, association qui surveille la qualité de l'air. Comme je viens tout juste de m'acheter une maison, mon emprunt sera plus vite remboursé grâce au Goncourt". 

Son passage à l'hôtel ne lui laisse guère le temps de souffler. "J'allais prendre une douche quand le New York Times m'a appelé pour une interview. J'ai dû réviser en vitesse mes verbes irréguliers !". On lui apprend que la presse chinoise s'est également fait l'écho de sa récompense. Humour toujours: "Il y a maintenant deux Mathieu connus en Chine : Mireille et moi !  

Conseil de Yann Quéffelec: "Vis ton prix, n'écoute personne !"

Plus sérieusement, dans la loge de maquillage de France 2, Nicolas Mathieu confie "une impression de calme et d'étonnement". Sans avoir changé de chemise, c'est très décontracté, toujours souriant, qu'il répond aux questions d'Anne-Sophie Lapix sur le plateau du 20h. Il le sera également sur celui de La Grande librairie, où Yann Queffélec, 69 ans, autre prix Goncourt, en 1985 pour Les Noces barbares, lui conseille : "Vis ton prix, n'écoute personne !". 

Il est déjà 23h20 lorsque nous arrivons au cocktail d'Actes Sud en l'honneur de son lauréat. Accueilli par une Françoise Nyssen aux anges, Nicolas Mathieu est chaleureusement applaudi par tous ceux qui l'ont patiemment attendu, dont Laurent Gaudé, premier auteur de la maison à décrocher le Goncourt en 2004, avec Le Soleil des Scorta. Le champagne coule à flot, la musique monte en puissance : Madonna, Cindy Laupers, Rita Mitsouko... Les meilleurs tubes des années 90, en hommage à ceux qui rythment Leurs enfants après eux. 

Mais à 1h du matin, Nicolas Mathieu n'a plus vraiment l'énergie de se trémousser. Il préfère en conserver pour la journée qui s'annonce, dès 7h50 sur France Inter, avant d'autres interventions ici et là. "Tu vas voir, le taxi-moto c'est super", assure son attachée de presse. Sourires, encore et toujours. 

Nicolas Mathieu avec Anne-Sophie Lapix après le 20h de France 2, le 7 novembre.

Nicolas Mathieu avec Anne-Sophie Lapix après le 20h de France 2, le 7 novembre.

© Delphine Peras

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