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15th of October 2018

Cinéma



Romane Bohringer, délicate et mordante

Avec la réjouissante comédie L'Amour flou, Romane Bohringer revient au cinéma et elle est contente. Nous aussi. Portrait.

Rendez-vous est pris à une terrasse du VIIIe arrondissement parisien, à deux pas du pavillon Gabriel où s'enregistre Vivement dimanche !, inamovible émission promo de Michel Drucker. Romane Bohringer y est attendue dans quarante-cinq minutes, avec son Philippe Rebbot d'ex-mari et de co-réalisateur, pour y parler de L'Amour flou, singulière et formidable comédie autour d'un couple qui se sépare et qui décide, pour les enfants, de vivre dans deux appartements mitoyens. 

Vu qu'ils jouent tous deux leur propre rôle, toute ressemblance avec la réalité n'est pas fortuite. Et tout engouement autour du film n'est pas une vue de l'esprit. Depuis sa présentation au Festival d'Angoulême fin août d'où il est revenu avec le prix du public, L'Amour flou est sur toutes les lèvres et Romane Bohringer sur tous les plateaux télé. "C'est le grand chelem !", avoue-t-elle, euphorique. Comme un retour en grande pompe avec un projet aux petits pieds (budget estimé : 400 000 euros !) 

C'était compter sans Romane Bohringer, une pointure. Et une nature. Ça rime. Normal, il y a de la poésie dans cette femme. De celle qui, selon Monsieur Larousse, évoque et suggère les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union des harmonies. "Ce film a bénéficié d'un alignement des planètes, explique-t-elle, du jour où on en a eu l'idée avec Philippe, jusqu'à maintenant." 

L'actrice désormais réalisatrice a pourtant été happée par un trou noir. Littéralement disparue des écrans. "Si ce n'est un petit rôle de temps en temps, c'est vrai que les propositions se sont raréfiées, voire arrêtées. Je ne sais pas pourquoi." Nous non plus, parce qu'elle est formidable. Unique en son genre. A la fois sensuelle et abrupte, délicate et mordante. Une grande gueule qui se moque du qu'en dira-t-on, qui rit fort quand elle s'amuse, qui pleure à torrent quand elle s'émeut. 

Tout le monde se souvient des rivières de ses larmes au moment de recevoir le césar du meilleur espoir en 1993 pour Les Nuits fauves, face à son père Richard - qui n'en menait pas large non plus. Certes, elle n'avait que 19 ans. Jeune comédienne, mais pas née de la dernière pluie pour autant. Avant de bouleverser la France entière dans le drame de Cyril Collard, elle avait joué pendant un an dans La Tempête de Shakespeare mis en scène par Peter Brook. Et avait bien entendu accompagné papa sur nombre de plateaux de tournage. 

Richard Bohringer, donc. Le sujet est incontournable. Elle l'aborde d'ailleurs volontiers. Parce que là où elle est, il n'est jamais loin. Dans L'Amour flou évidemment, où lui aussi joue son propre rôle. Mais dans la vie de Romane également, de façon organique, fusionnelle. Elle a deux frères et une soeur, mais, petite, c'est elle qui se sent responsable de leur père. La maman est morte alors qu'elle était très jeune, le papa se retrouve seul. "J'avais l'impression que tout ce qui concernait mon père me concernait, avoue-t-elle avec un sourire plein de résilience. Astrid, sa nouvelle femme, est arrivée et elle a été, et elle est encore formidable." Romane mettra quand même du temps avant de ne vivre que pour elle. "Avant qu'il entre en scène, j'avais le trac pour lui et je vomissais !". Elle rit. Elle peut. Tout cela est derrière elle. 

"Nos rapports se sont normalisés depuis que j'ai des enfants. Je l'adore, mais il est passé au second plan, et moi aussi pour lui. Quand les gens me croisent, ils me disent toujours qu'ils adorent mon père. Et quand les gens croisent mon père, ils lui disent qu'ils adorent sa fille." Connue et reconnue, mais pas dans le star system. Romane Bohringer appartient plutôt à la famille des grandes copines, sans tabou ni chichi. Mais avec un agenda de ministre, puisqu'elle doit partir. "On ne fait pas attendre Michel Drucker !" s'exclame-t-elle. Et de laisser son 06. "On s'appelle et on se revoit vite !" Avec plaisir. 

On lui laisse deux messages et deux sms. Pas plus. On la sait débordée. Quand elle prend le temps de répondre, c'est pour nous inviter à la voir sur scène, au Théâtre de l'Oeuvre (Paris IXe), dans L'Occupation, un texte d'Annie Ernaux où il est question d' "une femme qui, apprenant que son ex est avec quelqu'un, est prise d'un sentiment de vertige", résume-t-elle au téléphone. 

Oui, tant pis pour le rendez-vous en tête à tête. "Je n'ai même plus cinq minutes pour aller aux toilettes ! Je vais faire une septicémie !" annonce-t-elle jovialement dans le taxi qui la mène d'une radio à un studio pour des essais caméra. Pour un nouveau film ? On la rappelle donc enfin ? Un peu, mais à vrai dire, elle s'en moque. Sincèrement. "Le théâtre a rempli ma vie. Je suis une actrice physique, j'ai besoin de jouer de mon corps, des mots... Il me faut des gros trucs à bouffer ! Monter sur scène, c'est un truc de guerrière. D'autres auraient été brisées par un tel arrêt au cinéma, moi je me suis épanouie sur les planches." 

Aucune amertume, donc. Pas le genre de la maison. Entre son travail, ses enfants et les aléas de sa vie de "bomène" ("bohème ménagère"), elle récolte encore, à travers un compliment ici et là, les jolis fruits que le cinéma lui a offert : Mina Tannenbaum, L'Appartement, Nos enfants chéris, Le Bal des actrices... Et puis aujourd'hui L'Amour flou qui s'annonce comme un succès. "A la différence d'autres comédies, celle-ci est sincère et les gens le sentent. Avec Philippe, on partage notre intimité, mais sans sombrer dans le nombrilisme. On transcende notre petite histoire." La suite ? Elle n'y pense pas trop. Pas le temps, de toute façon. On n'est pas inquiet. Et puis comme elle aime le répéter : "Ce que je préfère, c'est faire". Et comme elle fait bien... 

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