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16th of October 2018

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1918 : Roland Garros, mort de l'homme qui «avait asservi l'espace»

1918 : Roland Garros, mort de l'homme qui «avait asservi l'espace» 1918 : Roland Garros, mort de l'homme qui «avait asservi l'espace» Photo DR

Chaque samedi avec RétroNews, le site de presse de la BNF, retour sur un épisode de l’histoire du sport tel que l’a raconté la presse française. Aujourd’hui, la traversée de la Méditerranée par Roland Garros en 1913 à l’occasion du centenaire de sa mort.

Il est mort il y a un siècle, le 5 octobre 1918. Roland Garros aurait dû fêter son 30e anniversaire le lendemain. Le Petit Journal l’annonce dans son édition du 8 octobre, reprenant un communiqué du sous-secrétariat de l’Aviation : «L’aviation française vient de perdre l’un de ses représentants qui l’ont le plus honorée avant et pendant la guerre, le lieutenant Garros qui, étant parti en reconnaissance au front le 5 octobre, n’est pas rentré à son escadrille.»

Le journal ne lésine pas sur le lyrisme pour rendre hommage au héros : «Garros ! Héros légendaire dont le nom embrasse à lui seul l’histoire de l’aviation depuis l’époque magique des tâtonnements jusqu’à l’ère glorieuse de la guerre aérienne. Garros ! Champion du circuit d’Anjou, virtuose du style aérien, vainqueur des nues, recordman de la traversée de la Méditerranée, celui qui, depuis 1910, avait asservi l’espace à sa volonté implacable !» Et le journal d’égrener quelques-uns de ses exploits : records d’altitude, Paris-Rome, Tunis-Rome, la traversée de la Méditerranée.

Révolutionner la guerre aérienne

Mais ce qui suscite surtout l’admiration du quotidien, c’est le Roland Garros pilote militaire, qui s’engage dès le début de la Première Guerre mondiale. Le simple soldat qui va révolutionner la guerre aérienne en inventant le tir à travers l’hélice et multiplie les victoires dans les combats individuels dans les airs avant de tomber derrière les lignes ennemies, le 18 avril 1914. Il s’échappe trois ans plus tard. Et repart au combat alors qu’il aurait pu se contenter du rôle éminemment moins risqué de conseiller de l’aviation.

«Garros à l’arrière ? Non, c’était impossible. II supplia qu’on le renvoyât en escadrille. Un Garros aurait pu faire profiter l’aviation de sa valeur qu’on ne peut définir. Les mots ne rendent qu’imparfaitement la pensée lorsqu’on veut exprimer la grandeur de ce cerveau, la noblesse de ce cœur, la beauté de ce caractère. Il était plus grand que tout ! Lui eût-on intimé l’ordre de rester à l’arrière pour essayer de former des élèves à son image, il se serait sans doute rendu coupable du crime de refus d’obéissance.» Jusqu’à ce funeste 5 octobre 1918. «Garros n’est pas revenu !, pleure le journal. Pour la seconde fois, il est tombé chez l’Allemand, mais nous nous refusons à croire que nous ne reverrons pas ce roi des rois de l’espace.»

Traversée de la Méditerranée

S’il est un exploit de Roland Garros qui a marqué les esprits et reste associé à son nom, c’est bien la traversée de la Méditerranée, le 23 septembre 1913. Elle lui vaudra de passer à la postérité et de devenir la coqueluche du Tout-Paris, suscitant notamment l’admiration de Jean Cocteau, qu’il prendra plusieurs fois à son bord ; Cocteau lui dédiera le poème le Cap de Bonne-Espérance.  

Dans son édition du 24 septembre, l’Auto célèbre «la plus extraordinaire performance accomplie en aviation». Le Matin évoque «un merveilleux exploit» : «En un vol admirable d’aisance et de régularité, il a traversé la Méditerranée, de Fréjus à Bizerte, en passant au-dessus, de la Corse et de la Sardaigne.» Le directeur de l’Auto (l’ancêtre de l’Equipe) lui-même, Henri Desgrange, l’un des créateurs du Tour de France cycliste, salue en une la bravoure du pilote et joue les visionnaires : «Comment, avec des hommes comme lui, ne pas se réjouir de vivre en un temps où de semblables prouesses, sont possibles. Je sais bien que, dans trente ans, dans cinquante ans, il y aura des aérobus qui traverseront la Méditerranée sans escale, mais nous aurons été des époques qui auront applaudi les premières tentatives et nous pourrons dire avec fierté : "De notre temps, on faisait mieux !" Et rien ne sera plus vrai, car l’aérobus traversera la mer sans danger et Garros, une fois de plus hier a risqué crânement sa vie, et, vraisemblablement, il l’a fait pour rien, pour la gloire…»

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Si le Matin salue également cette traversée historique en une, il se veut plus factuel, détaillant les étapes du vol. Description du départ : «Il y a trois semaines, Garros affirmait sa volonté d’accomplir la traversée de France en Tunisie, et depuis une dizaine de jours, son appareil, un monoplan Morane-Saulnier, muni d’un moteur Gnome de 80 hp, était à l’aérodrome de la marine, à Fréjus. Hier, Garros arrive. Il reste une heure à l’hôtel de Saint-Raphaël, le temps de procéder à sa toilette, et se rend à Fréjus. Il s’entretient avec son mécanicien, prend connaissance des observations météorologiques et dit : "Ah on a déjà publié que j’avais renoncé à mon projet. On verra que je ne quitterai pas ce pays sans avoir tenté la traversée. Si ce n’est pas pour demain, ce sera pour la fin de la semaine, ce sera pour la semaine prochaine."» A l’arrivée à Bizerte, Garros télégraphie. Il n’a pas l’air ému d’avoir réalisé un exploit. «Je viens d’arriver à Bizerte, après huit heures de vol, par vent défavorable. Il restait encore cinq litres d’essence dans le réservoir. J’ai volé presque continuellement à 2 500 mètres d’altitude. J’ai atterri ici pour prendre de l’essence et pour dégripper deux soupapes du moteur. Je vais aller coucher à Tunis. J’en ai pour dix minutes de vol.»

Trois jours, plus tard, l’aviateur est de retour à Paris. Il débarque Gare de Lyon où, rapporte la Presse, «un accueil enthousiaste lui était réservé par la foule innombrable qui se pressait tant sur les quais qu’aux alentours». Un journaliste plus malin que les autres, anticipant les sollicitations médiatiques auxquelles serait soumis le héros, a eu la lumineuse idée de monter à Laroche (Yonne) dans le train qui le ramenait à Paris. Ainsi s’est-il offert une interview exclusive. Où l’on apprend que Roland Garros pense à la traversée de l’Atlantique, même si elle lui paraît alors bien hypothétique : «Pour le moment, je ne crois pas la chose encore réalisable. Et pourtant, j’estime que, par l’Islande, le Groenland et Terre-Neuve, la distance ne comporte guère qu’une différence d’une centaine de kilomètres de plus que la traversée de la Méditerranée. Il faut encore attendre quelque temps avant d’y penser utilement.»

La une du Petit Journal du 5 octobre 1913.

Suite et fin de l’histoire. Non, Roland Garros n’a jamais été un joueur de tennis. Si le stade qui abrite chaque année les Internationaux de France porte son nom, c’est à l’un de ses amis et condisciple à HEC, Emile Lesieur, qu’on le doit. En 1906, Garros avait adhéré au Stade français, section rugby. En 1927, Lesieur, devenu président de l’association sportive, exigea que l’on donne le nom de l’aviateur au stade de tennis bâti dans l’Ouest parisien pour permettre aux Mousquetaires de défendre la Coupe Davis qu’ils avaient ravie aux Etats-Unis. La France y remporta le saladier en 1928, 1929, 1930, 1931 et 1932. Depuis, Roland-Garros n’a plus abrité la finale de la compétition.

Quant à la traversée de l’Atlantique en avion, tel que l’avait imaginée Garros, avec des escales, elle fut réussie pour la première fois par l’Américain Albert Cushing Read, en mai 1919. 

Gilles Dhers Read More




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