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20th of July 2018

Sports



Belgique : des talents de tous les Diables

La Belgique a éliminé le favori brésilien 2-1 à Kazan vendredi.  La Belgique a éliminé le favori brésilien 2-1 à Kazan vendredi.  Photo Murad Sezer. REUTERS Les vainqueurs du Brésil en quart de finale, adversaires des Bleus mardi, sont enfin parvenus au niveau qu’on leur promettait. Le coach Roberto Martinez a réussi à faire jouer un ensemble de solistes en chœur.

C’était vendredi soir, tard, dans les couloirs de la Kazan Arena. Sur fond d’un air partagé entre fête de la bière et samba triste, l’ailier Nacer Chadli, auteur quelques jours plus tôt du but de la qualification in extremis contre le Japon, parlait du plus «beau jour de [sa] vie de footballeur». Ses partenaires Eden Hazard et Axel Witsel se faisaient presque houspiller par les journalistes belges dont ils tempéraient les appels à arroser la victoire du soir à la caïpirinha : «L’objectif, c’est une place en finale à aller chercher, et puis la gagner», affirmait le numéro 10 de Chelsea, au diapason de l’autre, qui se disait «dans [sa] bulle. Heureusement que la famille est là pour me dire que c’est la folie au pays». Plus loin, les yeux brillants et une paire de hot-dogs à la main, Thomas Meunier, latéral droit du Paris-Saint-Germain à l’année, s’enorgueillissait de son sacrifice, lui qui avait empêché Neymar de filer seul au but alors que la pression brésilienne se faisait difficile à contenir, au prix d’un carton jaune qui le privera de la demi-finale contre la France, mardi, et devrait procurer quelques maux de tête à son sélectionneur, Roberto Martinez, auteur ce soir-là d’un coup tactique ravageur. «Sur le moment je n’ai pas hésité. Les larmes viendront peut-être plus tard. Je suis forcément déçu de ne pas jouer contre mes coéquipiers [en club], mais j’espère revenir pour la finale».

Pour avoir éliminé le Brésil cinq fois champion du monde d’une compétition dont il faisait figure de principal favori (2-1), les joueurs de l’équipe belge venaient d’édifier le plus retentissant accomplissement de leur histoire sur un terrain de football, prolongeant le visa russe d’une semaine, celle où pareilles prouesses peuvent se déposer dans l’éternité de leur sport. Mais s’il en était, avant leur triomphe de Kazan, pour croire en leurs chances, c’est bien eux. De toutes les sélections croisées au fil de ce Mondial russe, aucune ne paraissait plus en confiance dès les premiers jours de la compétition, plus sûre de ses forces et de ses chances - une assurance qui, couplée à la bienveillance de la presse de leur pays, leur fait parler souvent une langue plus claire et stimulante que leurs confrères français, mais qui a aussi son envers de susceptibilité, que l’on a observé souvent.

Il y avait dix ans ou presque qu’on leur ressassait qu’ils appartenaient à une «génération dorée», éclose de l’ambitieuse réforme du foot belge engagée au début des années 2000. Il n’était donc que trop temps d’en récolter les fruits, avant que ne vienne l’heure du pourrissement. Souvent, pourtant, la génération des Hazard (qui exerce ses talents à Chelsea), De Bruyne (Manchester City), Lukaku (Manchester United), Mertens (Naples) ou Courtois (Chelsea) avait déçu, échouant à donner forme glorieuse aux espoirs et au potentiel qui leur étaient prêtés. Eux qui progressent ensemble depuis des années (aucune autre grande nation engagée dans le tournoi ne présente la même homogénéité générationnelle) œuvrent tous dans les meilleurs clubs européens, où ils bénéficient d’un traitement de cracks, ce qu’ils sont indéniablement, palmarès à l’appui - du moins jusqu’à ce qu’ils se retrouvent chacun, une fois sous le maillot national, à devoir se faire une place dans l’ombre d’un autre.

Propension à la désillusion

Longtemps les suiveurs des Diables rouges ont cru discerner la source de cette propension à la désillusion dans des histoires de conflits d’ego ou, surtout, de mésententes linguistiques et identitaires. Comme s’il existait au sein de la sélection, entre néerlandophones et francophones, entre Wallons et Flamands, un fossé d’incompréhension que seul le Catalan Roberto Martinez, qui communique en anglais avec ses joueurs, serait apte à combler, en agent neutre plus encore qu’en tacticien brillant qu’il est - il reste sur 24 matchs sans défaite à son poste. Et peut-être faut-il être belge pour comprendre cette blague-là, mais on n’a jamais tout à fait saisi, face a de tels joueurs, qui monnaient le reste de l’année leurs talents dans des écuries anglaises aux airs d’auberges espagnoles et glissent eux-mêmes d’une langue à l’autre avec la fluidité d’un interrupteur, comment l’idiome du football pouvait ne pas suffire pour s’entendre.

Pour les affaires d’ego, en revanche, on ne sait pas. Martinez pointait plutôt cette cause, en creux, à la veille du Mondial, déclarant : «S’il y a des différences, elles se marquent plutôt entre les joueurs partis à l’étranger plus tôt ou plus tard, entre ceux qui ont un vécu international et évoluent dans un grand club et les autres.» Et pour prévenir les risques de blessures d’amour-propre, le sélectionneur a pris sa part, avec la décision controversée de se passer de l’un des éléments les plus doués à sa disposition : l’ingérable et virtuose Radja Nainggolan qui, par-delà quelques inclinations à l’indiscipline et au tabagisme, aurait mal vécu, et sans doute mal fait vivre à ses camarades, le fait de s’asseoir sur un banc à défaut de trouver une place dans le système de base de Martinez.

On a certes cru entrevoir lors de l’entame du Mondial quelque chose de la traînée de ces chicanes passées, quand on a vu Hazard et Mertens se disputer un coup franc bien placé, lors du premier match contre le Panama (la victoire des Belges étant alors déjà largement acquise, ne restait pour enjeu que le lustrage des stats individuelles). Ou quand on a entendu le même Hazard, une heure plus tard, s’agacer qu’un journaliste lui demande s’il avait passé tel ballon décisif à De Bruyne parce qu’il savait qu’il saurait mettre un bon centre : «Non, c’était parce que je pensais que c’était la meilleure chose, mais j’aurais donné la balle à n’importe quel joueur.» Puis : «En première mi-temps Romelu [Lukaku, meilleur buteur à 25 ans de l’histoire des Diables rouges, ndlr] se cachait un peu. C’était difficile de travailler avec un joueur en moins. Je lui ai dit à la mi-temps et comme par magie il a mis deux buts. Mais il va comprendre qu’il doit plus s’impliquer dans le jeu.» Une lecture qui valorisait capitaine Hazard en leader éclairé, mais les faits lui auront donné raison : descendant souvent sur le terrain pour jouer en pivot, loin de sa zone sur le front de l’attaque, Lukaku fut monstrueux contre le Brésil.

Depuis, plus rien de tel ne s’est laissé deviner, comme si l’ascension des sommets russes avait achevé de souder les solistes belges. Témoin, le retour éclair contre un Japon qui menait 2-0 à une demi-heure de la fin de leur huitième de finale, et ce dernier but prodigieux d’intelligence collective, à la dernière seconde du temps additionnel. Où le finisseur attitré Lukaku aura ouvert l’espace à la contre-attaque de ses coéquipiers par un faux appel génial (qui porte la marque de l’influence d’un certain Thierry Henry, adjoint de Martinez), avant de laisser filer le centre de Meunier entre ses jambes pour mieux permettre au joueur le moins star sur le terrain d’envoyer la balle au fond, et la Belgique en quart. Enfin, pour preuve la plus frémissante, l’état de grâce dans lequel se trouvèrent les Diables rouges contre le Brésil, qui se lisait aux petits gestes (cette talonnade insensée, tentée et cadrée par le capitaine Kompany en reprise d’un corner), aux signaux faibles (Hazard battant le record de dribbles réussis lors d’un match de Mondial), comme aux grands mouvements (ces foudroyantes transitions offensives, d’une exactitude de théorème). Un amalgame de fluidité et de réussite totales qui dit bien quelle plénitude de leur alliance les fait gravir ensemble les tours du Mondial.

Au fil des semaines et des obstacles surmontés, on a demandé aux uns et aux autres quelle explication ils avaient à offrir à la fabrique de cette concorde. Le gardien, Thibaut Courtois, étincelant contre les Brésiliens, acquiesce, avec cet éternel flegme qui a la couleur de l’ennui : «On manquait d’expérience de ces grands matchs auparavant. On est plus un groupe, un joueur, que onze joueurs qui cherchent à se distinguer. Le coach nous a transmis que c’était parfois plus beau de donner une passe décisive que de marquer.» Meunier prolonge : «Je pense qu’on a acquis une certaine expérience et que cette génération a eu du mal à acquérir la maturité nécessaire pour devenir une grande équipe. Le match contre le Japon a été un déclic supplémentaire. On a mûri collectivement, on est irréprochables comme groupe, plus sévères les uns pour les autres, mais on communique mieux, à la demande du coach. On sacrifie beaucoup, y compris parfois son plaisir personnel, mais au bout, il y a les résultats.»

Astre

De quoi cette maturité peut-elle être faite ? Ils n’ont pas forcément su nous dire. Pour deviner quelque chose des conditions d’apparition d’un astre, fut-il radieux ou mort, on considère son petit frère d’à côté, encore naissant. Entré en jeu en fin de match contre le Brésil, Youri Tielemans, 21 ans, se voyait demander il y a deux semaines ce qui lui manquait encore pour se muer en le «leader» qu’il est promis à devenir demain - alors que son immense potentiel ne fait pas question, il sort d’une saison où il a déçu son entraîneur à Monaco, et il faut que Martinez l’aime beaucoup pour l’avoir convié en Russie. Le jeune joueur avait commencé une réponse piquée d’un léger voile de vexation, faisant néanmoins mine de considérer la question («Il s’agit de connaître de plus gros clubs, d’accumuler de l’expérience»), pour la finir dans un halo de défi : en fait, «il ne manque rien, ça va venir tout seul». L’air de dire que ce que les Hazard, De Bruyne ou Lukaku ont conquis lui reviendra de droit plus tard, lui qui a pris les devants au sein d’une deuxième génération de prodiges. Et peut-être a-t-il raison. Mais on tendrait à croire qu’une part de la réussite de ses jeunes aînés tient précisément à cette prise de conscience que tout le talent du monde ne suffit pas.

Julien Gester Envoyé spécial à Kazan et Moscou @juliengester Read More




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