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17th of July 2018

Sports



Kylian Mbappé, symbole de la «start-up nation»

Kylian Mbappé, lors du match France-Uruguay, vendredi à Nijni Novgorod. Kylian Mbappé, lors du match France-Uruguay, vendredi à Nijni Novgorod. Photo Johannes Eisele. AFP En fin de thèse à l’université Paris-Descartes, où il travaille sur le thème de la vulnérabilité sociale des athlètes, Seghir Lazri passe quelques clichés du foot au crible des sciences sociales. Aujourd'hui, le cas Mbappé.

Joueur clé du match contre l’Argentine grâce à un doublé, le footballeur Kylian Mbappé ne cesse de faire parler de lui, après une trajectoire sportive déjà mouvementée. Suscitant dès son plus jeune âge l’intérêt des plus grands clubs européens, il est devenu, à seulement 18 ans, le Français le plus cher de l’histoire. Enchaînant les distinctions personnelles et les titres, il apparaît comme l’icône d’une nouvelle génération de footballeurs, à l’heure où Ronaldo et Messi se rapprochent d’une fin de carrière. Admiré et reconnu par le plus grand nombre, notamment l’ensemble de la société française, de quoi ce sportif est-il le nom ?

L’archétype du nouveau travailleur

Un pan de la littérature sociologique, notamment celle du chercheur Alain Ehrenberg, insiste sur le rapport entre univers sportif et monde salarial. Effectivement, selon le sociologue français, depuis les années 80, la figure du champion sportif est devenue un modèle d’excellence sociale, tant il combine à la fois l’entrepreneuriat et l’autonomie. Il théâtralise, de par ses actions, l’idée même d’être l’entrepreneur de sa propre vie. En somme, il est le «salarié modèle», celui que tous les autres acteurs du monde du travail doivent prendre en exemple. D’ailleurs, les mutations récentes du monde du travail ainsi que celles du football de haut niveau tendent à accentuer le parallèle entre ces deux univers.

Pour ainsi dire, l’évolution de la sphère sportive, avec un recrutement des athlètes de plus en plus précoce, basé non plus sur des performances, mais sur un «potentiel», ainsi que la flexibilité plus accrue du marché du travail sportif (s’intégrer à des projets), renvoie essentiellement au monde du travail actuel illustré notamment par le modèle de la start-up. Les récents travaux du sociologue Pierre-Michel Menger, portant sur le travail créateur, mettent en évidence tout un discours managérial, notamment celui des start-up, autour de la notion de talent. D’après le sociologue, le talent, notion indéfinissable et incertaine, serait une «qualité mystérieuse» vers laquelle se dirige l’essentiel de l’attention, et de ce fait, celui ou celle pourvu(e) de talent va bénéficier de «toute une machinerie de développement de ses qualités». En quelque sorte, le talent serait un «je-ne-sais-quoi» qui entraînerait tout un tas d’avantages cumulatifs. Dès lors, le monde du travail ne serait plus composé de personnels disposant de compétences certifiées par des diplômes, mais d’individus munis de talents, autrement dit de potentiels modifiables et surtout évolutifs. Et c’est en ce sens que le monde de la start-up ne cesse de promouvoir cette idée du talent comme moteur de l’innovation et de la croissance, en particulier à travers l’impératif de «débaucher des talents» pour croître.

Un potentiel et un projet

Kylian Mbappé illustre justement cette société du talent puisque très jeune, on a décelé en lui un potentiel – «il avait un truc», disent ses proches –, ce qui lui a permis de bénéficier de tout un mécanisme de développement organisationnel et social. Tout d’abord, grâce à ses parents issus du monde de l’élite sportive (père footballeur amateur, mère joueuse professionnelle de handball) qui, disposant d’un capital social significatif (réseau, connaissance du milieu), vont opérer les meilleurs choix possible concernant la carrière de leur enfant, et puis grâce aux centres de formation (Clairefontaine puis Monaco) dont la structure performative va accentuer et légitimer ce potentiel. D’autre part, son insertion sur le marché du travail sportif va se faire par le biais d’une adhésion au projet. Tout comme un jeune développeur de la Silicon Valley, Kylian Mbappé, idéal type du footballeur moderne, ne travaille pas pour un club ou une entreprise à proprement parler, mais s’inscrit dans un projet. Autonome et indépendant, il met son talent à disposition d’un «projet» sportif, soit un plan qui lui permettrait aussi d’évoluer, une sorte de cap ou d’étape à franchir. Par ailleurs, l’idée même de poursuivre toute sa carrière au sein du même club apparaît comme inconcevable, car cela s’apparenterait à une stagnation et il se verrait attribuer l’image du «talent gâché», autrement dit celui qui n’a pas exprimé pleinement son potentiel.

Dans une France que son président qualifie de «start-up nation», la figure d’un sportif illustre une nouvelle fois, les transformations à l’œuvre dans le monde du travail. De ce fait, si l’on apprécie Kylian Mbappé et ses exploits, ce n’est pas simplement par amour du football, mais bel et bien parce que ce joueur parle directement à notre condition de travailleur.

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