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17th of November 2018

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PSG-Naples : sas gardé

Neymar, Thomas Tuchel et Thiago Silva lors du match de Ligue des champions contre Belgrade, le 3 octobre. Neymar, Thomas Tuchel et Thiago Silva lors du match de Ligue des champions contre Belgrade, le 3 octobre. Photo Franck Fife. AFP L’équipe parisienne joue déjà la réussite de sa saison contre Naples, ce mercredi soir en Ligue des champions. Une défaite entamerait les chances du club d’accéder aux huitièmes de finale et de rentrer pleinement parmi l’élite européenne. Etat des lieux.

C’est un peu comme se réveiller pour aller bosser en pleine nuit alors qu’on a pris le pli de rester sous la couette jusqu’au matin : habitués à rentrer véritablement dans la Ligue des champions en février, au stade des huitièmes de finale, l’équipe parisienne jouera déjà sa saison européenne mercredi au Parc des princes contre le Naples SSC, sous la pression conjuguée d’un échec inaugural (2-3) à Liverpool et d’une défaite (0-1) des Anglais en Italie dans la foulée, lançant un match à trois - PSG, Liverpool, Naples - qui en laissera un sur le carreau. Trois mois à démolir les équipes de Ligue 1 (10 matchs, 10 victoires, 30 points) mais une impression d’autant plus mystérieuse que le niveau de séduction du club de la capitale atteint des sommets, tant sur le terrain - deux des cinq meilleurs joueurs du monde dans le paysage - qu’en dehors, où l’entraîneur allemand Thomas Tuchel, choisi directement par Doha pour renforcer son pouvoir au détriment de celui des joueurs, brille comme un astre. Difficile d’y voir clair.

Où en est Tuchel ?

Le défenseur brésilien Marquinhos a bonne réputation dans le vestiaire parisien : loyal, (relativement) indépendant d’esprit par rapport à la chapelle auriverde, capable d’écouter et surtout d’entendre. Ainsi, les mots qu’il a prononcés samedi à l’issue du carton (5-0) face au Amiens SC peuvent être interprétés comme allant au-delà de la flatterie dont use souvent, au hasard, son capitaine, Thiago Silva : «On savait depuis longtemps qu’on avait du talent. C’est surtout la philosophie, le pressing à la perte du ballon qui explique ces résultats. On a changé des choses et ça paie.»

Pour mémoire, ce côté bestial et engagé était la marotte du précédent coach parisien, le Basque Unai Emery, qui a débarrassé son casier après un double échec européen (deux éliminations de rang en huitièmes) en mai. Avant d’en livrer les raisons au fil d’une interview sidérante de franchise donnée à Tactical Room : il n’existait pas dans le regard des superstars parisiennes. Il n’avait pas leur oreille. Partant, Tuchel a déployé une énergie phénoménale depuis quatre mois pour incarner quelque chose à leurs yeux. Il faut parfois se pincer : longue accolade, main qui traîne une fraction de seconde de trop dans le dos du joueur, conversation ostensible avant le coup d’envoi d’un match - tous les journalistes sont là, désœuvrés donc attentifs - avec un attaquant vedette en manque de réussite, fous rires à gogo lors des entraînements… Ce n’est plus du foot, mais une somme sur la drague.

A tous les niveaux. Tactiquement, Neymar et Kylian Mbappé ont été recentrés, ce qui leur permet de moins défendre, voire pas du tout. Médiatiquement, toutes les prises de paroles de Tuchel - on dit bien toutes - s’adressent en réalité à ses stars, qu’il s’agisse de l’importance qu’il accorde à Angel Di Maria (négligé par Emery, l’Argentin avait un doute) ou pour fustiger l’attitude des sélections à leur endroit. Tuchel n’est pas réductible à son entreprise de séduction : c’est aussi un architecte (il a repensé le Camp des Loges, agrandissant certaines pièces, faisant déménager des bureaux), un nutritionniste à ses heures, un animateur de morte-saison aussi quand il bombarde des jeunes comme Moussa Diaby (19 ans, «il travaille dur») ou Stanley Nsoki (19 ans) en équipe première. Sans se tromper de priorité : «Quand tu as Neymar, la stratégie, c’est Neymar», avait expliqué Emery après sa sortie.

Comment va Neymar ?

Conscient de l’image décalée (simulations, caprice, individualisme) laissée par le joueur lors du Mondial russe, ses proches ont souqué ferme pour promouvoir un «nouveau Neymar». Plus attentif aux autres, plus souriant, plus resserré sur son métier au détriment de la palanquée de pique-assiette que le joueur régale depuis une demi-douzaine d’années : même Pini Zahavi, le Citizen Kane des agents, est sorti de son silence proverbial pour défendre son homme, signalant au passage qu’il a joué la Coupe du monde avec un état de forme précaire dû à sa récente blessure au pied, ce qui s’entend.

Ce Neymar new look, plus ouvert, on confesse ne l’avoir jamais vu ni entendu ; ni nous ni personne en fait, pas plus à l’extérieur du vestiaire que dans l’équipe. Il se passe pourtant quelque chose. De plus souterrain, plus subtil. Mutique ou presque en dehors du terrain comme à son habitude et essaimant ses maillots à chaque fois (Nîmes le 1er septembre, Rennes le 23) qu’un gosse parvient à forcer le cordon de sécurité pour arriver jusqu’à lui, ce qui ne fait pas de mal à son image. L’enfant de Mogi das Cruzes semble évoluer sur le terrain de façon plus directe, plus sèche : peut-être qu’il faut y voir le pouvoir d’attraction de Kylian Mbappé devant lui, formidable aspirateur à ballon. A moins que Neymar ait tout simplement le champion du monde tricolore à la bonne : l’autre attaquant parisien, Edinson Cavani, ne reçoit que des queues de cerise et souffre en silence. Du moins pour l’instant.

En coulisse, le numéro des duettistes est rodé : à Neymar (26 ans) les postures protectrices envers son jeune (19 ans) coéquipier, à Mbappé les remerciements de fin de match envers un joueur auprès duquel il «apprend beaucoup». Et au milieu coule une rivière : si, la saison passée, c’est Mbappé qui se mettait en quatre pour faire marquer Neymar, c’est désormais le Brésilien - redéfinition tactique de Tuchel aidant - qui fait marquer l’ancien Monégasque. On imagine qu’aucun des deux joueurs n’est dupe. Ils savent leur relation surveillée. Et ils sont largement assez malins pour créditer un storytelling dans lequel, par ailleurs ils se sentent à l’aise.

La Ligue 1 est-elle trop faible pour que le PSG soit performant en Ligue des champions ?

En abordant samedi l’éternel serpent de mer d’une compétition domestique qui ferait tomber le Paris-SG dans une facilité toxique, Tuchel a trouvé un truc : «Comme tout le monde me pose cette question, j’y ai beaucoup réfléchi. C’est tout l’inverse. Si on accepte l’idée que la Ligue 1 n’est pas assez bonne, cela voudrait dire que les autres [clubs français] sont responsables du fait que nous sommes prêts ou non en Ligue des champions. Alors qu’en fait, ça ne dépend que de nous, de notre travail et de la mentalité qu’on affiche.» C’est la règle du fait sportif : tout ce sur quoi on n’a pas la main n’est plus un problème, mais une fatalité. Et les acteurs sont jugés sur leur capacité à composer avec cette fatalité, sinon c’est une défausse.

Et on n’a pas mis une dizaine des meilleurs joueurs de leur époque (Mbappé, Cavani, Neymar, Di Maria, Marquinhos, Marco Verratti, Thiago Silva…) dans les mains de l’entraîneur allemand pour que celui-ci ouvre le parapluie au bout de trois mois. Pour autant, les matchs de Ligue 1 disputés par le PSG interpellent. Le championnat domestique n’est pas en cause : tous les joueurs étrangers qui s’y collent décrivent une compétition difficile, complètement dévolue à l’aspect physique et au duel (en opposition au football d’évitement que préfèrent les Espagnols, par exemple) en plus d’être fermée, le milieu brésilien d’Amiens Ganso expliquant vendredi dans l’Equipe avoir été par ailleurs très étonné de la culture tactique et défensive en vigueur dans l’Hexagone.

Mais les chiffres parlent : outre les dix victoires en dix matchs de L1, les Parisiens ont inscrit 3,7 buts par match en moyenne, malgré la suspension de trois matchs de Mbappé, meilleur buteur de Ligue 1 (9), à la suite de son expulsion début septembre. Un paradoxe difficile à expliquer… sauf que quelques-uns essaient quand même, un président nous pointant par exemple la résignation de certaines équipes en déplacement au Parc des princes ; le fait que les trois points de la victoire ne sont bien entendu pas prévus au tableau de marche des visiteurs les conduisant parfois, perdu pour perdu, à reposer deux ou trois titulaires.

L’AS Saint-Etienne (4-0, le 14 septembre) a joué 35 minutes, le Stade de Reims à peine plus (4-1, le 26), Amiens a tout juste couru samedi (5-0). Les Nîmois, eux, se sont battus comme des démons (2-4, le 1er septembre) et leur meilleur joueur, Téji Savanier, y a récolté cinq matchs de suspension pour avoir secoué Mbappé. A vous dégoûter d’essayer.

Que vaut vraiment le Paris-SG ?

Une question difficile, qui en pose une autre en préalable : celle du prisme. Que faut-il regarder ? Des défenseurs latéraux suspects (Thomas Meunier, Juan Bernat) à l’échelle d’une Ligue des champions où ceux-ci sont depuis deux saisons les faiseurs de rois, portant par exemple le Liverpool FC en finale en mai ? L’hyperpuissance du duo composé par Neymar et Mbappé ? L’étrange impuissance de la cellule de recrutement, qui s’est une fois de plus montrée incapable de faire venir un milieu défensif compensant le départ de Blaise Matuidi en Italie, en août 2017 ?

Ou l’ambiguïté profonde du projet qatari, où l’on se débarrasse de Zlatan Ibrahimovic après sa meilleure saison parisienne (en 2015-2016) tout en confortant Unai Emery après le plus gros crash (1-6 à Barcelone en mars 2017 en 8e de finale retour de Ligue des champions, le 4-0 du match aller retourné) de l’histoire du club, comme si les tenants et aboutissants étaient en dehors du terrain ? Une hypothèse : le PSG est envisagé par ses propriétaires non pas comme une machine de haute compétition, mais comme un produit de luxe. Ce qui renvoie au temps long, une extravagance que seule une petite dizaine de clubs européens peuvent se permettre et sur laquelle les dirigeants parisiens ont énormément communiqué, ainsi que sur le style, la «marque».

Quand il a rencontré Tuchel à Doha en avril, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a dû entendre des choses magnifiques : jeux d’entraînements dans des losanges pour perturber les repères du joueur, balles de tennis dans les mains des défenseurs histoire de leur apprendre à défendre sans tirer le maillot de l’attaquant, poignée de main matinale les yeux dans les yeux. Une manière de fantaisie aventureuse, qui dirait son époque comme une œuvre littéraire ou un vêtement. Si ceux-là veulent arriver, ils veulent surtout y arriver d’une certaine façon. Ce qui semble loin de la féroce partie de manivelles qui s’annonce face au Napoli de Marek Hamsik. Ou pas : s’il y a quelque chose que l’on a fini par comprendre depuis le rachat du club par Doha en 2011, c’est que le Paris-SG doit être appréhendé et compris indépendamment des autres.

Grégory Schneider Read More




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