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21st of November 2018

Sports



Georges Carpentier : au-delà du ring

Georges Carpentier (photo non datée) Georges Carpentier (photo non datée) AFP

Chaque samedi avec RétroNews, le site de presse de la BNF, retour sur un épisode de l’histoire du sport tel que l’a raconté la presse française. Aujourd’hui, Georges Carpentier à l’occasion du 43e anniversaire de la mort de celui qui, en 1920, devint le premier Français et premier non anglophone champion du monde de boxe anglaise.

Les Américains, toujours sensibles à l’élégance française, le surnommaient «The Orchid Man», l’homme à l’orchidée, en référence à la fleur qu’il portait toujours à la boutonnière. Quand il débarque aux Etats-Unis, il est déjà une star de la boxe européenne. Après avoir établi des records de précocité, Georges Carpentier a collectionné les titres : champion de France, champion du monde amateur, champion d’Europe des welters, des moyens, des lourds. Et même champion du monde des lourds de «race blanche» en 1914, la ségrégation étant alors de mise sur les rings ; personne n’imaginait voir Jack Johnson, le meilleur pugiliste de l’époque, défaire un blanc pour devenir le vrai champion du monde de la catégorie reine.

Après une guerre héroïque et un bref passage par le rugby à XV, Carpentier reprend sa carrière de boxeur. Le 14 décembre 1919, il lui suffit d’un round pour abattre l’Anglais Joe Beckett et lui ravir la ceinture européenne des lourds. Dix mois plus tard, le 12 octobre 1920, à Jersey City, il bat le local Battling Levinsky pour le titre mondial des mi-lourds. Décalage horaire oblige, c’est dans son édition du surlendemain que le Siècle rend compte du combat. Un match organisé selon les règles du New Jersey, précise le journal, qui interdisent les décisions d’arbitre : avant la fin des douze rounds, le combat ne peut donc s’achever que par l’abandon d’un des deux hommes ou un KO. «Bien peu croyaient à la victoire de Levinsky», assure le journal, même si le manager de ce dernier claironnait : «C’est la victoire certaine de mon poulain. Levinsky est dans une forme splendide.»

Le combat a attiré 20 000 spectateurs, venus également pour la finale du championnat de base-ball note le Siècle. Les deux hommes firent l’objet d’ovations frénétiques. Les spectateurs en eurent-ils pour leur argent ? Pas sûr tant le match fut à sens unique. «Premier round : le gauche de Carpentier martèle littéralement la face de Levinsky, qui, ébranlé par les coups successifs de son adversaire, tournoie très souvent sur lui-même. Deuxième round : il se passe dans les mêmes conditions que le premier. Troisième round : Levinsky est manifestement "broggy". Quatrième round : Carpentier abat Levinsky à ses pieds, par un formidable crochet à la mâchoire. Carpentier est proclamé champion du monde des poids mi-lourds.»

Le combat fait la une plein pot du supplément dominical du Petit Journal, du 24 octobre, tout en sobriété.

En pages intérieures, le journal se fend d’un portrait du champion, rappelant qu’à douze ans, le «petit Georges fut opposé à des boxeurs de vingt et vingt-cinq ans ; il en battit plusieurs». L’auteur de l’article ne se contente pas d’un panégyrique de Carpentier mais s’en prend également aux contempteurs du sport en général et de la boxe en particulier, qui se gaussent qu’on tartine autant sur la victoire du boxeur, qui sert également la grandeur de la France : «Sur l’opinion du peuple américain, amateur de belles performances et fervent de sport, le triomphe de notre champion est du plus heureux effet. Trop longtemps, là-bas, une propagande mensongère autant que funeste nous a représentés comme un peuple plus enclin aux discussions byzantines qu’aux jeux de l’arène. La victoire de Carpentier répond péremptoirement à ces calomnies. Il n’est pas mauvais que nos athlètes soient applaudis outre-Atlantique comme le sont nos écrivains, nos artistes, nos conférenciers, nos professeurs, nos comédiens. Il est bon que l’on y sache que notre activité ne se borne pas aux manifestations de l’esprit, et que nous sommes un peuple complet. N’en déplaise à ceux qui, chez nous, les traitent avec dédain, ces victoires sportives importent à notre renom dans le monde.»

Le combat que tout le monde attend, c’est celui contre l’Américain Jack Dempsey, champion du monde des poids lourds. Il a lieu le 2 juillet 1921 : 100 000 spectateurs à Jersey City, retransmission en direct sur les radios américaines, des centaines de milliers de dollars de recettes… on parle déjà de «combat du siècle». Les historiens du sport sont unanimes pour constater que ce combat a fait entrer la boxe dans une autre dimension, où il n’est plus seulement question de sport. Il fait bien sûr la une de la presse française. Notamment de la Petite Gironde («le plus fort tirage des journaux de province»). L’envoyé spécial du journal détaille la soirée scrupuleusement : du lieu de l’affrontement aux people présents à l’événement, de l’arrivée des boxeurs au déroulement du match round par round. Le rouleau compresseur américain a terrassé l’escrimeur par KO au quatrième round.

Le boxeur est une telle star que le journal publie aussi, épisode par épisode, le Roman de Georges Carpentier, hagiographique biographie du petit Lensois devenu champion du monde de boxe. La livraison du jour raconte l’un des premiers combats de Georges Carpentier, alors âgé de 15 ans : «Il était clair que le jeune inconnu, ce bel éphèbe de quinze ans, aux blonds cheveux, à la physionomie encore enfantine, aux yeux d’une transparence azurée comme l’eau limpide d’un lac ou un ciel d’Italie, était un boxeur né. Il avait la précision d’un maître et l’art d’un virtuose.»

Le Journal consacre l’entièreté de sa une à l’événement. «Le champion de France a incontestablement trouvé son maître et a été battu par meilleur que lui. On verra d’ailleurs par le compte rendu détaillé de chaque round de la rencontre quelle fut l’extraordinaire endurance de Jack Dempsey et de quelle façon brutale, il imposa sa tactique à Georges Carpentier. Il ne peut faire de doute que, grâce à son "forcing" acharné, le "fighter" américain n’ait réussi à percer, presque dès le premier round, la garde de son adversaire. Et il avait dès lors bataille gagnée. Il faut reconnaître sans réserve que Jack Dempsey est un splendide pugiliste, admirablement servi par une puissante musculature et qui, doué d’une résistance hors ligne, peut encaisser sans sourciller les coups les plus durs…» Autant que ses victoires, cette défaite a forgé la légende de Carpentier. On apprend qu’il est peut-être le premier des losers magnifiques, une spécialité française : «J’ai brisé ma main droite au deuxième round, au moment où j’ai lancé un fort coup à la mâchoire de Dempsey», informe Carpentier.

Photo non datée de Georges Carpentier (à g.) et Jack Dempsey.

Photo non datée de Georges Carpentier (à g.) et Jack Dempsey. (Photo AFP)

A l’époque, pas de retransmission sur écran géant bien sûr. Mais déjà ce qu’on appellera un siècle plus tard une fan-zone. Plusieurs milliers de personnes se sont réunies dans le quartier de la presse à l’occasion du combat : «Bien avant l’heure où les résultats peuvent être connus, une foule déjà dense arpente les boulevards. Il court parmi elle la petite fièvre inhérente aux grandes attentes, et devant les panneaux où tout à l’heure vont être inscrits les résultats du match, des groupes se forment où de beaux parleurs discutent avec une incompétence assurée les chances des deux adversaires. Mais voici les premières nouvelles. Avec un parfait mépris des autos et des lois élémentaires de la circulation, la foule envahit la chaussée. Plusieurs milliers de têtes se dressent. Puis un silence où il y a de la stupeur et de la tristesse. On sait la défaite de Georges Carpentier.»

On retrouve Carpentier un an plus tard pour une nouvelle défaite qui scelle la perte de tous ses titres, contre le Sénégalais Battling Siki, devant 50 000 personnes réunies au stade Buffalo (à Paris). Un combat polémique, l’entourage de Carpentier accusant son adversaire de lui avoir fait un croc-en-jambe. L’Excelsior du 25 septembre 1922 propose un compte-rendu du combat sous forme de romans-photos.

Le Journal est allé rendre visite au boxeur le lendemain de cette défaite. Il est dans un sale état. «Sur l’ordre du médecin, il garde le lit parce qu’il a une entorse de la cheville droite et une double fracture de la main droite. La main gauche est enflée, mais il n’y a rien de cassé», détaille son manager qui ne décolère pas contre la décision des juges qui ont d’abord disqualifié Siki avant de lui attribuer la victoire. Carpentier, lui est plus porté sur l’autocritique : «Il a la tête dure ce nègre et j’ai eu tort de le descendre en le crochetant à la mâchoire. […] J’ai pris une bonne leçon.» Le champion déchu pense déjà à la revanche. Et l’on comprend entre les lignes que les mondanités l’ont peut-être éloigné des rings. Il tient à démentir les rumeurs annonçant sa retraite et sa reconversion sur les planches.

Carpentier remonte sur le ring en mai 1923 et bat Marcel Nilles par KO pour le titre de champion de France des mi-lourds. Cinq mois plus tard, il combat à Londres où on l’idolâtre. Même s’il corrige un gars du cru, Joe Beckett, en 38 secondes. La victoire la plus expéditive de sa carrière. «Quoi qu’en pensent certains, une victoire aussi concluante aura sa répercussion Outre-Manche et même en France ; il n’est point excessif de dire que Georges Carpentier, celui que l’on appela autrefois "notre Georges national", est toujours le porte-drapeau du pugilisme français. L’homme aux mains de "verre" a reconquis ce soir auprès du public britannique, son prestige d’antan», écrit le Petit Journal.

On retrouve Carpentier dans Paris-Soir du 27 octobre 1924. Il a troqué les gants contre le stylo et livre, après qu’un jeune boxeur a terminé un combat à l’hôpital, un plaidoyer pour défendre la boxe dont il critique pourtant l’évolution. Le noble art, l’escrime des poings tourne trop souvent au combat de rue, déplore l’homme qui parle du haut de ses dix-sept ans de carrière. «Certains vont s’emparer de cette chose malheureuse [l’accident, ndlr] pour dire toute la cruauté imbécile et inutile de la boxe. Eh bien non, n’exagérons rien et jugeons sainement. La boxe, depuis la guerre, sous des influences diverses qu’il ne convient pas d’analyser ici, a perdu graduellement le beau caractère d’escrime que les anciens lui ont connu. Les matchs tendent nettement vers la "bagarre". Il faut vaincre, c’est tout ! Il faut, non pas chercher de jolies attaques, atteindre à de belles esquives ; non, il faut "cherrer". Le public est bien pour quelque chose dans cet esprit nouveau.»

Suite et fin de l’histoire. Georges Carpentier n’a pas obtenu sa revanche contre Battling Siki. Il n’a pas reconquis son titre mondial. Après sa défaite contre le Sénégalais, il dispute encore neuf combats, dont neuf aux Etats-Unis, c’est dire si l’homme à l’orchidée était encore bankable. Il remporte son ultime rencontre par KO le 15 septembre 1926 et se retire à 30 ans, sur un palmarès de 91 victoires (59 KO), quatorze défaites et six nuls selon le site de référence BoxeRec. Mais celui dont les cartes de visite portent la simple mention «homme du monde» reste une immense vedette, fréquente le gratin même si la crise de 1929 le ruine quasi complètement. La première superstar du sport français, dont l’aura a largement franchi les frontières, meurt à Paris le 28 octobre 1975.

Undated picture of French light heavyweight boxer Georges Carpentier. (Photo by - / AFP)

L’homme à l’orchidée (Photo AFP, non datée).

Gilles Dhers Read More




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