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16th of October 2018

Automobile



80 km/h : et si ça ne changeait rien ?

Imposée par un gouvernement qui n'aura même pas attendu les conclusions de l'expérimentation en cours - aussi localisée que biaisée - pour l'appliquer sur tout le réseau national, la baisse de la limitation de vitesse sur le réseau secondaire a été mise en œuvre au début du mois de juillet. Cela, en dépit de nombreuses oppositions, dans la population, au sein des associations d'usagers, et parmi les parlementaires et les élus locaux. À L'Auto-Journal, nous ne sommes pas fondamentalement hostiles à un abaissement des limitations de vitesse. Mais cette récente décision met au grand jour la façon dogmatique de décider et d'appliquer les mesures de sécurité routière. C'est aussi un aveu d'échec de la part des instances dirigeantes. En d'autres termes : nous ne sommes pas rassurés !

Une mesure partiale et partielle

Pour endiguer la hausse de la mortalité routière qui a touché la France de 2014 à 2016 (les chiffres ont simplement stagné en 2017), le gouvernement aurait pu réfléchir à des mesures fortes, qui prennent en compte l'ensemble des usagers et des causes d'accidents graves. Au premier rang de ces dernières, l'alcool et les stupéfiants sont impliqués à eux seuls dans plus de la moitié des décès sur route ! Mais le Premier ministre a préféré trancher et, sans répondre à une seule des dizaines de questions soulevées par les parlementaires sur le sujet, la limitation de vitesse sur le réseau secondaire a été abaissée. Cette disposition ne concerne que les chaussées à deux voies, sans séparateur central et limitées à 90 km/h. Soit 400 000 km, quand le réseau national en compte plus d'un million. Dans le dernier bilan détaillé disponible *, l'ONISR ** explique que : "Les routes bidirectionnelles, généralement limitées à 9 0 km/h, concentrent 87 % de la mortalité sur routes hors agglomération", soit environ 1 900 victimes par an, sur un total de 3 448 en 2017. Par ailleurs, ce réseau de routes bidirectionnelles ne totalise que 43 % des blessés hospitalisés. Ajoutons que la vitesse est impliquée dans 30 % des accidents mortels identifiés comme multifactoriels. Une baisse de la vitesse peut donc avoir un impact sur les autres facteurs de l'accident, et en atténuer les conséquences ; mais ces mêmes facteurs peuvent aussi être à l'origine de l'excès de vitesse ! Une limitation à 80 km/h sera sans grand effet sur un conducteur fortement alcoolisé, qui circule à contresens ou qui, le nez dans son smartphone, percute un piéton ou un cycliste sur la chaussée.(* La sécurité routière en France, Bilan de l'accidentalité de l'année 2016)(** Observatoire national interministériel de la sécurité routière)

Des vies sauvées ? Peut-être...

Pour la justifier, Édouard Philippe a assuré que "cette mesure va sauver des vies (...) jusqu'à 400 vies par an. " Soit 10 % de victimes annuelles en moins, alors qu'elle n'aura d'impact que sur les accidents qui ont lieu sur les chaussées à deux voies dans lesquels un excès de vitesse est constaté. D'après le dernier bilan détaillé disponible (2016), la vitesse excessive est le facteur à l'origine de l'accident mortel dans 29 % des cas. Ce qui représenterait 600 décès sur ces routes. En abaissant la limitation de vitesse de 10 km/h depuis le 1er juillet, le Premier ministre espère donc diviser par trois la mortalité de ce type d'accidents ! Plutôt irréaliste... Nous sommes les premiers à espérer que cette mesure fera baisser la mortalité, et il est bien trop tôt pour dégager une tendance, d'autant qu'un nombre considérable de facteurs jouent sur l'accidentalité. Le nombre de morts et de blessés a chuté de 9,3 % et 7,5 % en juin, les baisses n'ont été que de 5,5 % et 2,1 % en juillet, puis de 15,5 % et 2,1 % en août. Par ailleurs, cette baisse de la limitation ne concerne pas les conducteurs novices - qui devaient déjà rouler à 80 km/h et sont pourtant impliqués dans plus d'un cinquième des décès et des blessés ! En cas de pluie, la limitation était déjà à 80 km/h, et cela ne change pas non plus. Même chose pour les poids lourds, qui se retrouvent soumis à la même limitation que les véhicules légers. Le gouvernement craindrait-il une fronde de la part des transporteurs ?

Une mesure peu efficace... mais pas problématique

Les réactions à cette mesure ont été aussi excessives que la façon de procéder du Premier ministre. "Paralysie du pays", " économie nationale sabordée", "Paris veut tuer les campagnes". Certains annonçaient l'apocalypse ! Sur un itinéraire de 20 km effectué à allure constante (ce qui n'arrive jamais dans les faits...), le trajet ne demande que 2 minutes de plus. L'allongement du temps de parcours est de 8 minutes pour 100 km. Pas de quoi bouleverser le quotidien d'une majorité de Français. D'autant que la mesure a des bénéfices théoriques incontestables : baisse du niveau sonore, moindre usure des pneumatiques, diminution de la consommation : même si certains devront descendre un rapport, l'impact de la résistance au roulement et de la résistance à l'air sont importants à ces allures. D'après les mesures réalisées ces huit dernières années lors de nos essais sur 10 000 km, passer de 90 km/h à 80 km/h fait baisser la consommation jusqu'à 10 %, et de 0,4 l/100 km en moyenne. Ce n'est pas bouleversant, mais pas négligeable non plus. La distance de freinage est également réduite de quelques mètres.

N'espérez pas un bilan du 80 km/h

La Sécurité routière se repose encore sur la même formule, issue d'une étude locale réalisée voici près de quarante ans par le chercheur G. Nilsson, et assène : "Une variation de la vitesse de 1 % induit une variation du nombre d'accidents mortels de 4 %." Problème, s'il est évident que la vitesse augmente le risque et les conséquences d'un accident, la formule ne se vérifie pas dans les faits. On constate parfois l'inverse (baisse de la vitesse et hausse des accidents mortels, ou hausse de la vitesse moyenne et baisse des accidents mortels), et c'est logique. En effet, cette formule ne tient pas compte des autres facteurs et de tout ce qui peut évoluer : météo saisonnière, parc roulant, équipements de sécurité, réseau, formation, répression... C'est aussi pour cette raison qu'il sera, dans les faits, impossible de tirer un bilan de ce passage à 80 km/h : il sera inenvisageable d'isoler ce seul facteur de tous les autres, qu'ils concernent les usagers, leur véhicule ou l'environnement de conduite. Comptez toutefois sur la Sécurité routière pour glorifier cette mesure si la mortalité baisse, quelles que soient les causes de cette (souhaitable) amélioration.

Une vraie mesure... ou un cache-misère ?

De nombreuses voix se sont élevées pour associer cette nouvelle mesure à la volonté de renflouer les caisses de l'État. Mais les premiers responsables sont les conducteurs, qui sont au courant du changement et ont le plein contrôle de leur pied droit. La vraie explication du 80 km/h est bien plus préoccupante : la Sécurité routière est à bout de souffle en France. Manque de moyens humains, réseau routier qui se dégrade de façon inquiétante, conducteurs novices surreprésentés dans l'accidentalité... La conduite sans permis, les comportements à risque, les délits de fuite (+ 7,6 %*), les dépistages d'alcool et de stupéfiants toujours insuffisants, les piétons et les cyclistes bien peu respectés (ce qui n'est pas le cas ailleurs en Europe), tout ceci ne semble susciter aucune inquiétude... En dix ans, les délits routiers ont augmenté de plus de 33 % ! Et le Président d'enfoncer le clou. Quand Édouard Philippe vantait "jusqu'à 400 vies sauvées", Emmanuel Macron clamait récemment que le "80 km/h" était "sans doute l'une des principales mesures écologiques". Guère plus crédible et convaincant.(* Entre 2015 et 2016, données les plus récentes disponibles)

La vraie solution : Vision Zéro

Les ministres successifs se sont donné un objectif : passer sous la barre des 2 0 00 morts par an sur les routes françaises. Un but arbitraire, issu d'un calcul macabre et, surtout, qui manque totalement d'ambition et de moyens. Le pays a besoin d'une politique de sécurité routière audacieuse, et doit fixer le seul objectif raisonnable : plus un seul mort sur la route. C'est le sens de la démarche "Vision Zéro" initiée par la Suède voici plus de vingt ans, et qui a fait de nombreux émules. Il est impératif d'aménager les infrastructures (pour tous les modes de déplacement, motorisés ou non), de renforcer la formation, d'accentuer la prévention sur des thèmes forts : alcool, stupéfiants, inattention et téléphone, manque de respect envers les usagers vulnérables... Le sentiment d'impunité qui agite certains conducteurs - dont plus de 600 000 circuleraient sans permis ni assurance - ne peut qu'aboutir à des drames. Rappelons enfin que, depuis de nombreuses années, la vitesse moyenne sur les routes limitées à 90 km/h est de 82 km/h * et que, sur ce réseau, seuls 5 % des usagers dépassent la limitation de plus de 10 km/h.

LA PHRASE" Il est instauré une clause de rendez-vous au 1er juillet 2020 afin d'étudier avec précision et objectivité l'impact sur l'accidentalité de cette mesure. "Le Premier ministre Edouard Philippe, le 9 janvier 2018 lors de la présentation.La mise en place de cette mesure a nécessité des aménagements coûteux et une grosse campagne de communication. Par ailleurs, comme nous l'avons évoqué, une évaluation précise et objective de son efficacité est impossible.Nous parions donc sur un bilan qui sera, sans surprise, "très positif" et sur le maintien de la mesure après le 1er juillet 2020.

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