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18th of January 2018

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La plus grande passion des Anglais n'est pas la bière, mais les fléchettes

Chaque année, à l'approche des fêtes de fin d'année, les fondus de fléchettes se retrouvent dans le nord de Londres pour la grand-messe des "Darts". Le PDC World Darts Championship, organisé tous les ans à l'Alexandra Palace, réunit deux semaines durant tous les cadors de la discipline pour rafler le titre de champion du monde. Une célébration "so British" : improbable et déjantée. Plongez dans la folie des "Darts", entre carnaval, pichets de bière, et extinctions de voix.

Il est presque 17h dans un train de la Great Northern qui s'enfonce dans la banlieue londonienne. La nuit est déjà tombée depuis bien longtemps lorsque nous sortons à l'arrêt jouxtant l'Alexandra Palace, à une grosse demi-heure du "centre-ville" de Londres. Sur le quai se met en marche une procession de ce que l'esprit anglais offre de plus joyeux et déjanté. Une horde de lutins sort de la rame, suivie de près par un poulpe, des Lego et un homard. Direction l'Alexandra Palace, perché sur les hauteurs du nord londonien. Depuis 2008, cet immense palais victorien du 19ème siècle se métamorphose à l'approche des fêtes pour accueillir l'événement, qui se déroulait auparavant dans le grand est de la capitale britannique. En ce mardi soir, le temps clair offre une vue panoramique sur tout Londres, tandis que la foule se dirige tranquillement vers le grand hall.

À l'intérieur, chacun attend patiemment le début des hostilités. Juché sur son podium, le DJ enchaîne les classiques britanniques et incite les visiteurs à lui donner des "requests", alors que les groupes déguisés les plus organisés "s'affrontent" dans un concours de "Fancy Dress". On plonge de suite dans l'atmosphère : celle d'une joyeuse kermesse ou chacun rivalise d'imagination pour faire marrer son prochain. Dans un coin, les parieurs misent sur les joueurs du soir, et récupèrent les incontournables pancartes "180", sur lesquelles chacun y va de son message personnel. De notre côté, on tente notre chance (avec succès) à la cible, pour gagner un t-shirt à condition de marquer au moins 101 points en 6 lancers. Facile.

"No noise, from the table boys"Sur les coups de 19h, il est alors temps de se rendre dans la "Main Arena", aménagée en "configuration fléchettes" : une fosse remplie de tables alignées, où se serrent les privilégiés qui ont le droit de poser leurs bières au centre de l'arène, à quelques mètres de l'estrade où s'affrontent les pros des fléchettes. Les "attablés" sont cernés par trois tribunes, d'où règne une ambiance digne des "kops" les plus bruyants des stades anglais.

Une fois installés, on peut désormais profiter des phénomènes autour de la scène. Avant même l'entrée des premiers joueurs, le spectacle est permanent, partout, tout le temps. Le novice qui débarque dans ce joyeux chaos ne sait pas où donner de la tête. Le Français peut aussi goûter à une particularité d'outre-Manche : cette culture populaire du chant qui transforme le moindre micro-événement en hymne repris par des centaines de personnes, grâce à l'imagination sans limite des habitués, parés des costumes les plus loufoques. Le diffuseur officiel de l'événement l'a d'ailleurs bien compris, en disposant une armée de caméramen l'objectif braqué sur les déguisements les plus improbables .

Dans le brouhaha émergent des chants, souvent plusieurs en même temps, quitte parfois à oublier les deux professionnels qui, tant bien que mal, essayent de rester concentrés face à la cible. Dans la salle, une constante : la bataille entre tables et tribunes. "Boooring booooring tables", scandent à l'unisson les groupes perchés en gradin. "Free the stands, let them know it's Christmas time", leur répondent les "notables" du milieu. - Adrian Lewis (en plein tir) et Kevin MunchEt les fléchettes dans tout ça ?Si le public crée lui-même son propre spectacle, il n'oublie pas ce qui se passe côté cible. Chaque 180 (3xTriple 20, le plus haut score possible en un lancer) est accueilli comme un but par la foule. Une rumeur fébrile se répand quand se profile la possibilité d'un improbable "9 darter", la combinaison "parfaite" qui permet de boucler une manche en 9 lancers. À chaque fin de set, l'assistance reprend à l'unisson l'air entraînant de "Chasing the Sun","l'hymne" officiel des fléchettes. Tout le monde saute de partout en agitant les bras, un dauphin remue ses nageoires en hurlant à la mort, bref, tout est normal. À l'orée du troisième match de la soirée, l'ambiance monte d'un cran. La "Barney Army" attend son champion : le Hollandais Raymond Van Barneveld, vainqueur de l'épreuve en 2007, qui fait son entrée dans la compétition. Au milieu du duel, notre voisin du rang de derrière doit déposer les armes, le genou dans la boite à gants. Une chaise roulante l'évacue de la tribune, où une véritable animalerie (de costumes) a élu domicile. Plus les heures passent, plus les pintes tombent facilement, la faute au jeu du "Down the pint", qui n'a pas besoin d'explications plus poussées... Les locaux ne manquent pas non plus de nous rappeler qu'on est bien en Angleterre, en entonnant le célèbre chant de ralliement anglais "Swing Low Sweet Chariot", bien connu des amateurs de rugby et des supporters du XV de la Rose.Du côté du contingent étranger venu garnir les tribunes, les Allemands et Hollandais occupent la plus grande part des effectifs, loin devant les très rares Français présents dans l'arène. "Vous êtes venus de France juste pour les fléchettes ?" nous demande t-on d'ailleurs à plusieurs reprises, comme ces deux gars venus de Leicester pour la soirée. Immobiles dans leurs gilets jaunes, les agents de sécurité assistent eux, impassibles, au spectacle, les yeux rivés vers les tribunes. Certains, dans un excès de zèle aussi audacieux qu'inefficace, essaient de faire s'asseoir des rangées entières de spectateurs, qui se relèvent aussitôt lorsque retentir une énième fois l'incontournable "Stand up if you love the darts".

Nul n'est prophète en son paysOn parle à notre voisin allemand, qui ne verra pas (ou du moins que d'un œil très trouble) les exploits de son champion. Car c'est la soirée de "l'underdog", Kevin Munch. Cet ancien paysagiste de son état, perdu dans les tréfonds du "ranking" mondial (335ème), malmène le double-champion du monde anglais Adrian "Jackpot" Lewis, qui ne joue plus vraiment à domicile.

C'est la belle loi des "Darts" : une foule hurlante, si anglaise soit-elle, peut très bien délaisser son champion du monde et chanter à la gloire d'un inconnu allemand issu des qualifications. Plus tôt dans la soirée, il avait battu un Russe, dont les improbables lunettes orange avaient été vite moquées par la foule taquine, qui lui scandait un impitoyable (mais drôle) "Sh*t Edgar Davids, you're just a sh*t Edgar Davids", en référence au célèbre footballeur nééerlandais, qui jouait avec des lunettes du même genre.

???? Scenes in the Worlds last night as 421st ranked Kevin Munch KOs 2-time Champion Adrian Lewis

MONSTER UPSET

(????@OfficialPDC) #LoveTheDartspic.twitter.com/q6nn5bQDJs

— The Sportsman (@TheSportsman) 20 décembre 2017

Au fil des manches, l'incertitude s'accroit. Le favori chancelle, et les 3000 spectateurs, désormais les yeux bien rivés sur les écrans géants, sentent la surprise arriver. Une surprise à 2000/1. Le plus grand "upset" de l'histoire du championnat, en termes de bookmakers. L'entêtant "Lalalalalalalalalaa Kevin Kevin Munch Kevin Munch, Kevin Kevin Muuuunncchh" résonne désormais presque en continu. Avec mon acolyte, on s'aperçoit même furtivement sur le grand écran, en train de crier à la gloire de l'outsider, qui finira par l'emporter sous les vivas de la foule en délire, au sens propre.

ADRIAN LEWIS OUT, MÜNCH THROUGH | A sensational performance from Münch knocking out the two time World Champion#WHdarts#LoveTheDartspic.twitter.com/Nmi56OmHWF

— PDC Darts (@OfficialPDC) 19 décembre 2017

Le lendemain, nous remettons le couvert pour une nouvelle soirée, illuminée par ce groupe d'Allemands déguisés en arbitres, qui se faisaient un point d'honneur à sortir les cartons face aux huées de la foule. Ce soir encore, un "underdog" jouera les animateurs. Bernie Smith, néo-zélandais lui aussi issu des qualifications, poussera la tête de série Justin Pipe dans ses retranchements. Le match s'achèvera devant une audience un peu plus clairsemée que la veille, sans pour autant refroidir les irréductibles, qui finiront de se détruire la voix sur le parvis de l'Alexandra Palace au chant de "Kolo Touré Yaya Touré", un autre grand classique des chants collectifs anglais. Après un quart d'heure de chants à en perdre la voix, on se résout finalement à partir, redescendant la colline vers la gare. Au loin, on entend les "LaLaLaLaLaLaaa" de "Will Grigg's on fire", tube de l'Euro 2016. Les fous des fléchettes n'en ont pas fini de leur soirée, et c'est très bien comme ça.

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